La kétamine a été découverte au début des années 1960, utilisée comme anesthésique puis comme antalgique à faibles doses.
Aujourd’hui, une de ses premières indications est la réduction voire la rémission totale des idées suicidaires. Dans cette indication, son effet est très rapide, comme l’a montré l’étude Ketis (1), menée chez 156 patients à haut risque hospitalisés. Dans ce travail, les auteurs retrouvent 40 % de rémission des idées suicidaires dès la fin de la première perfusion, 60 % à 72 h après deux perfusions vs 10 à 30 % dans le groupe placebo. La tolérance est très bonne pendant les trois premiers jours : pas d’hypomanie ni de symptômes psychotiques, pas d’augmentation des idées suicidaires.
Ainsi, pour le Pr Fabrice Jollant (université Paris-Saclay, Le Kremlin-Bicêtre), « la kétamine a certainement une place dans une approche multimodale ».
La deuxième indication est la dépression résistante, définie comme l’absence de réponse à deux traitements bien conduits par antidépresseurs. En 2022, une méta-analyse en vie réelle a mis en évidence 45 % de réponse et 30 % de rémission. La kétamine IV a également été comparée à l’électroconvulsivothérapie (ECT) dans la dépression résistante. Dans une méta-analyse basée sur cinq études, les résultats sont similaires en termes de rémission et de rechute, mais les effets sont plus rapides avec la kétamine (premières 24 h). L’efficacité de la kétamine serait supérieure à l’augmentation des antidépresseurs par des antipsychotiques ou stabilisateurs de l’humeur et son effet semble se maintenir entre 6 mois et un an. Les troubles cognitifs, le risque d’abus de kétamine et les problèmes rénaux ou urinaires graves sont rares.
Des recos dédiées
En 2025, la Société française d’anesthésie-réanimation (SFAR) a publié des recommandations sur l’utilisation de la kétamine racémique en intraveineux (2), incluant les protocoles de surveillance (surveillance clinique pendant la perfusion et jusqu’à 1 h après) et la possibilité d’administration en psychiatrie, en unité d’hospitalisation ou en hôpital de jour. La présence d’un anesthésiste est inutile mais il faut organiser une formation de base du personnel. Aux doses utilisées, il n’y a pas de risque vital, sauf en cas d’erreur de manipulation (dose, vitesse) ou d’insuffisance cardiovasculaire ou respiratoire sévère.
« Alors, pourquoi ce traitement reste-t-il encore si marginalisé ? », s’interroge le Pr Jollant. « Méconnaissance de la littérature scientifique, craintes infondées d’abus, peur injustifiée d’effets secondaires, les raisons sont multiples », analyse le spécialiste. S’y ajoute probablement l’appréhension de l’utilisation hors AMM… Sur ce point, « l’examen est en cours par l’ANSM pour une utilisation officielle (cadre de prescription compassionnelle) dans la crise suicidaire » précise le Pr Jollant.
Et d’inviter ses confrères à ajouter la kétamine à leur pratique , alors que de nouvelles formulations plus faciles d’emploi (voie orale…) et de nouvelles indications (stress post-traumatique, trouble obsessionnel compulsif et trouble de l’usage d’alcool notamment) sont à l’étude.
Question de la salle
Le patient doit-il être à jeun pour l’administration de kétamine ?
Effectivement, le patient doit être à jeun depuis 6 h pour les solides et 2 h pour les liquides. La perfusion se fait à la seringue électrique : 0,5 mg/kg sur 40 mn, maximum 50 mg (recommandation SFAR)
D’après la session « La kétamine racémique à l’hôpital : pour qui, pour quoi, comment ? »
Références :
(1) Abbar M. et al. Ketamine for acute treatment of severe suicidal ideation : double mind, randomised placebo controlled trial. BMJ 2022.
(2) sfar.org/utilisation-de-la-ketamine-intraveineuse-iv-pour-le-traitement-des-pathologies-mentales-en-psychiatrie
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