À l’approche des quinze ans de l’accident nucléaire de Fukushima, survenu le 11 mars 2011, l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) fait le point sur les conséquences sanitaires et environnementales et les apprentissages à en tirer. Les études de suivi populationnel menées par le Japon révèlent l’absence à date de conséquences directes des radiations sur la santé des personnes exposées. Néanmoins, du fait de l’évacuation des résidents de la préfecture de Fukushima, le changement du mode de vie a aggravé leur santé mentale et entraîné une hausse de l’incidence des maladies métaboliques.
Au global sur la région, les territoires contaminés ont significativement réduit à la suite des opérations de décontamination du gouvernement et des mairies. Fin 2024, 21 % de la zone de 80 km touchée par les radiations avait un débit de dose supérieur à 0,2 microsievert (µSv)/h contre 96 % fin 2011. L’évolution favorable a conduit à une stratégie active de retour des populations avec aujourd’hui 26 % de retour dans les communes autorisées (contre 20 % en 2019).
Quelques mois après l’accident, dès juillet, le Japon a mis en place un programme de suivi sanitaire de l’ensemble des résidents de la préfecture de Fukushima, puis a élaboré des enquêtes spécifiques : bilan de santé, santé mentale et mode de vie, femmes enceintes et naissances. Un programme de dépistage des cancers de la thyroïde des enfants a permis la création d’un registre des cancers à Fukushima.
Au cours des quatre premiers mois, période durant laquelle les débits de dose de rayonnement dans l’environnement sont les plus élevés, on estime que 62,2 % de la population a été exposée à moins d’1 millisievert (mSV) et 31,6 % à une dose entre 1 et 2 mSv pour une dose moyenne de 0,8 mSv. Ces doses sont relativement faibles comparées à Tchernobyl et les études n’ont pas constaté de conséquences sanitaires radio-induites à court terme.
Le dépistage systématique du cancer de la thyroïde n’est pas recommandé
Le dépistage du cancer de la thyroïde chez les personnes de moins de 18 ans au moment de l’accident, actuellement dans sa sixième campagne, se fait tous les deux ans après le premier examen (échographie) pour les moins de 20 ans puis tous les cinq ans pour les plus de 25 ans. Décrié par des spécialistes de la thyroïde en raison du surdiagnostic, le programme a montré des résultats similaires dans trois autres préfectures japonaises. L’approche chirurgicale n’est à présent plus automatique et les médecins favorisent une approche de surveillance active (« watch and wait »). Ainsi, une étude de 2024, publiée dans le Lancet eClinical Medicine, concluait à une absence d’association entre l’exposition à une faible dose de radiation (inférieure à 5 mSv pour 99,9 % des résidents) et la survenue d’un cancer de la thyroïde.
« Aujourd’hui, si en France nous avions un accident nucléaire, les autorités ne recommanderaient probablement pas le dépistage systématique du cancer de la thyroïde chez les enfants. Des données de Santé publique France vont aussi dans ce sens », commente Dominique Laurier, adjoint au directeur de la recherche et de l’expertise en santé de l’ASNR. Les autorités de santé internationales ne recommandent le dépistage que s’il est activement sollicité par les personnes concernées.
L’état de santé des 20 000 travailleurs exposés entre mars et décembre 2011 pour des tâches d’urgence a été évalué. En plus d’examens cliniques généraux, d’évaluations psychologiques et de dépistage du cancer de la thyroïde, ils ont aussi eu un suivi de la survenue de cataracte. En effet, l’exposition à de très fortes doses de radiation, dès quelques centaines de mSv (ce qui concerne ici une petite centaine de travailleurs) entraîne un risque d’opacité cristallinienne dans les dix ans post-exposition. Le constat principal chez ces travailleurs était une hausse du nombre de troubles de stress post-traumatique et une augmentation des besoins de soutien en santé mentale, surtout chez les travailleurs âgés. Le bilan de mortalité est en cours.
Le changement de mode de vie, principal facteur modifiant la santé
Dans la population générale exposée, les conséquences sanitaires sont plutôt liées aux changements du mode de vie après l’évacuation. Les programmes de suivi constatent ainsi une aggravation de la santé mentale (anxiété, dépression, consommation d’alcool) et une augmentation de la prévalence des maladies métaboliques.
Avant l’accident, 31,5 % des évacués étaient en surpoids ou obésité, 54 % hypertendus, 9,3 % diabétiques et 42,5 % dyslipidémiques. Après l’accident, le chiffre montait à 38,8 % pour le surpoids ou l’obésité, 60,1 % pour l’HTA, 12,2 % pour le diabète et 55,4 % pour les dyslipidémies.
Néanmoins, ces tendances commencent à baisser avec le retour des évacués dans certaines zones de la préfecture de Fukushima. Leur consommation d’alcool diminue, entre autres, ce qui entraîne un reflux temporel de l’incidence des maladies métaboliques. De même, au fil du temps le besoin de soutien en santé mentale (dépression anxiété) est passé de 14,6 % en 2011 à 5,8 % en 2022 (pour une moyenne nationale de 3 %).
Les études des risques sanitaires post-accidentelles des populations et des travailleurs sont complexes à mettre en place et à maintenir à long terme. Et l’interprétation des résultats notamment sur la causalité des observations avec l’exposition aux radiations est délicate. « Elles restent pourtant cruciales pour fournir des données objectives sur l’état de santé et interpréter un lien éventuel avec l’exposition aux rayonnements, défend Dominique Laurier. Il faut les maintenir dans le futur ».
Petit poids à la naissance : l’effet délétère de la chaleur est aggravé par une faible végétalisation et la pauvreté
AVC de l’œil : la ténectéplase pas plus efficace que l’aspirine mais plus risquée
Cancer du sein post-partum : la sénescence favorise la dissémination des cellules
L’efficacité des stéthoscopes IA grevée en vie réelle par un faible usage