Ce mardi 24 février marquait l’entrée dans la cinquième année de la guerre en Ukraine, ayant fait 55 600 victimes civiles confirmées fin 2025, dont 13 883 décès, d’après l’Organisation des nations unies (ONU). Depuis décembre 2023, l’ONG française Mehad, déjà investie dans la formation de soignants à la médecine d’urgence, a créé en Ukraine un programme de réhabilitation des blessés de guerre, civils et militaires.
Ce programme complet de récupération physique s’accompagne d’un soutien psychosocial pour les aider à surmonter les traumatismes et améliorer leur qualité de vie. « Nous soignons des adultes blessés de guerre civils et militaires en stade aigu ou subaigu. Nous leur offrons une réadaptation pour les traumatismes complexes, les personnes polytraumatisées, les amputations et les lésions nerveuses périphériques », explique Natalia Sobko, responsable du programme de réhabilitation. Une initiative d’autant plus importante que l’Ukraine souffre d’un manque critique de kinésithérapeutes spécialistes de la réhabilitation.
Dans leurs deux centres, au cœur d’hôpitaux à Vinnytsia (Ukraine centrale), se répartissent cinq kinésithérapeutes et ergothérapeutes, deux psychologues et deux travailleurs sociaux. Les patients blessés au front sont pris en charge en urgence dans l’hôpital le plus proche, puis déplacés dans un hôpital secondaire pour quelques jours. Enfin, ils sont transférés dans l’un des centres de Mehad, où ils resteront en réhabilitation entre deux mois et un an selon le type de traumatisme (2,5 mois en moyenne).
Des équipes multidisciplinaires pour un accompagnement complet
La prise en charge joue sur deux tableaux, mobilisant des équipes multidisciplinaires. D’une part, les kinésithérapeutes encadrent la récupération physique (gestion de la douleur, mobilisation) à l’aide de techniques innovantes, comme la thérapie miroir pour le syndrome du membre fantôme. De l’autre, les patients bénéficient tout au long de leur séjour d’un soutien psychologique et d’un accompagnement social. Les travailleurs sociaux assistent les patients dans leur réinsertion en facilitant l’accès aux prothèses et aux dispositifs d’assistance. « Les militaires sont des populations spécifiques, avec un enjeu notable sur la santé mentale », commente Artem Dudarenko, psychologue.
« Quand je suis arrivé ici, je ne pouvais pas bouger mon bras ni soulever d’objets normalement », témoigne Oleksandr, victime d’un tir de missile, pris en charge par les équipes de Mehad. « Les thérapeutes ont tout mis en œuvre pour que mon bras fonctionne à nouveau assez rapidement, explique-t-il. Cela comprend des massages, des stimulations électriques et diverses activités physiques, comme l’étirement du bras. Larysa, la psychologue, m’a également aidé à me libérer de toutes mes pensées négatives, et la travailleuse sociale est venue immédiatement lorsque j’ai été admis dans le centre de rééducation. »

Mehad fournit aussi un soutien psychologique aux professionnels. « Nous faisons de la prévention des névroses auprès du personnel médical et organisons des formations à la gestion du stress plusieurs fois par an », précise Artem.
Les drones entraînent des blessures de guerre atypiques
La guerre en Ukraine a évolué : du recours prédominant à l’infanterie et à l’artillerie lourde au début, elle démultiplie ces dernières années les attaques de drones. L’ONU estime que de janvier à octobre 2025, un tiers des morts et blessés enregistrés étaient causés par des attaques de drones. La Russie emploie aussi des armes à sous-munitions, qui libèrent de multiples petites charges explosives sur une large zone agissant comme des mines durant plusieurs années, car nombre d’entre elles n’explosent pas immédiatement. Ces armes touchent surtout les civils, avec plus de 1 200 morts et blessés en Ukraine depuis le début de l’invasion russe, d’après l’ONU. Ainsi, Mehad peut avoir à prendre en charge des civils vivant dans des zones désoccupées, touchées par des mines ou des remnants d’armes à sous-munitions.
« Lorsque la guerre a commencé, nous étions principalement confrontés à des blessures par balle ou explosion. Aujourd’hui, ce sont en majorité les drones qui les causent. Les drones explosent proches des gens, touchant un à plusieurs membres et pouvant causer des brûlures. Cela pose notamment des problèmes pour les blessures par fragmentation, pour lesquelles les chirurgiens ne peuvent parfois pas tout retirer », explique Serhiy Poniativskyi, kinésithérapeute en chef. « En plus des blessures, l’utilisation de drones, par leur son ou leur image, entraîne des retombées psychoémotionnelles, indique Artem. C’est très spécifique du front de guerre de ces dernières années. »
Le programme de Mehad, conçu pour être résilient, continuera de fonctionner après la fin du conflit : la guerre laissera derrière elle une génération de jeunes hommes lourdement blessés qui devront être pris en charge durant de nombreuses années.
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