Entretien avec la porte-parole de la Doctor’s Association of the UK (DAUK) et interne dans un cabinet de Dartford (Kent)

Dr Elissa Abi-Raad : « Le Brexit a mis plus de pression sur le NHS sans apporter aucun avantage » 

Publié le 14/01/2022
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Quelles ont été les premières conséquences du référendum sur le Brexit de 2016 et depuis la sortie de l'UE?

J'ai travaillé comme docteur junior ces deux dernières années à l'hôpital et j'ai remarqué que beaucoup de mes collègues de l’Union européenne se sentaient indésirables, comme s'ils n'avaient pas leur place. Les conversations sur la nationalité ont commencé à se produire plus souvent. Les patients ont commencé à demander aux personnels d'où ils venaient. Il y avait certainement beaucoup plus d'incidents de racisme, même envers moi car j'ai l'air européen, même si je suis libanaise. Un patient m'a dit de retourner d'où je venais parce que les gens de l'UE n'étaient plus les bienvenus au Royaume-Uni... Et je connais beaucoup de mes collègues qui ont quitté le Royaume-Uni à cause de cela. Nous avons donc perdu des médecins, des infirmières, des assistants de santé. En se rajoutant à la crise du Covid, cela a massivement affecté le NHS. Nous manquions déjà de personnel avant ces deux phénomènes.

Après la sortie effective de l’Union européenne en janvier 2021, qu’est-ce qui a changé ? 

L'ensemble du flux de travail du NHS a ralenti. Nous n'avions pas et n'avons toujours pas assez d'ambulanciers, de porteurs, d'infirmières, de médecins. Cela a rendu les conditions de travail dangereuses. De nombreux problèmes ont commencé à se poser, tels que l'importation et la fourniture de médicaments et d'équipements médicaux que nous tenions auparavant pour acquis. Je n’ai pas d’exemple spécifique en tête mais je sais qu’à plusieurs reprises, des pharmaciens sont revenus vers moi pour me demander de modifier mon ordonnance car ils étaient en rupture de stock des médicaments que j’avais demandés. Des patients sont aussi revenus vers nous pour le même problème. Nous avons donc dû nous adapter à cette nouvelle réalité. 

Qu’est-ce que le milieu médical va perdre des interactions préexistantes avec les médecins de L'Union européenne ? 

L’une des beautés de la vie avant le Brexit, c’était que le Royaume-Uni et les pays de l'UE partageaient des informations intellectuelles. Il y avait cette solidarité dans la recherche, dans la science et dans la médecine. Des conférences dirigées par des scientifiques et des médecins de l'UE se déroulaient chaque semaine au Royaume-Uni et vice versa. Cela a considérablement diminué après le Brexit, ainsi qu'en raison des restrictions de voyage  à la suite du Covid. Nous avons définitivement perdu de précieuses contributions scientifiques et je crains que nous ne retrouvions jamais l’équivalent. 

Face à la fin de la libre circulation des personnes, le Royaume-Uni met en avant les échanges avec le reste du monde qui seront possibles avec la sortie du carcan de l’Union européenne. Voyez-vous des bénéfices liés à cette nouvelle situation ?

Les médecins et infirmiers qui ne sont pas Européens ont toujours besoin de visa pour travailler ici, la sortie de l’Europe ne change rien pour les non-européens. Le Brexit a mis plus de pression sur le NHS sans apporter aucun avantage.

Quelle est la position de votre organisation sur la question ?

DAUK essaie toujours d'attirer l'attention sur le fait qu'une main-d'œuvre diversifiée du NHS est une nécessité. Tout le monde doit se sentir le bienvenu. Le NHS était déjà à genoux  auparavant et avec le Brexit et les effets de Covid, nous sommes vraiment en difficulté.

Propos recueillis par Chloé Goudenhooft

Source : Le Quotidien du médecin