« J’ai grandi dans les livres de médecine ; ils m’ont toujours énormément passionnée », raconte Camillia Bailly, étudiante en quatrième année à l’Université Paris-Saclay, et dont le père est médecin en santé publique. Une vocation qui trouve ses origines dans son enfance. « Ma mère m’a dit qu’à 4 ans, je disais à ma tante : “Quand je serai grande, je serai médecin pour pouvoir te soigner” ». Une fois son bac S mention assez bien en poche, elle se lance dans la Paces en 2015. Mais un échec au concours, puis un fibrome utérin et la rencontre avec son futur mari la poussent à s’orienter vers une licence de droit, mettant momentanément sa vocation de côté.
Quelques années plus tard, elle réalise que son métier de mandataire judiciaire est source de grandes désillusions. « C’est un travail très lourd, se souvient-elle, très pesant. Notre tâche consiste à suivre une cinquantaine de majeurs protégés dans un contexte où la hiérarchie n’est pas toujours “soutenante”. Je me suis alors dit que, si je devais souffrir, autant que cela soit dans un travail qui me passionne. »
L’idée de reprendre médecine s’impose. En juillet 2021, elle est acceptée en Licence Accès Santé (LAS) rééducation et réadaptation et réussit le concours, alors qu’elle élève déjà deux petites filles. Commence un cursus exigeant qui l’amène à jongler quotidiennement entre maternité et cours, d’autant plus qu’elle mettra au monde un troisième enfant durant ses études. Cette réalité, elle décide de la partager sur Instagram, via son compte @mamanfaitmédecine, suivi par 25 500 personnes. « Je voulais montrer que c’est possible. Beaucoup pensent qu’il est impossible de réussir une première année de médecine quand on est maman. Je voulais prouver le contraire. »
Un emploi du temps millimétré
Son organisation relève de la précision d’un planning militaire : le matin, dépôt des enfants à l’école et chez la nounou, retour à 17 heures pour les récupérer, devoirs, bains, repas puis, une fois les enfants couchés, révisions de 21 heures à 23 heures. Le week-end, son mari prend le relais et, en période d’examen, il gère tout pour lui laisser du temps de travail.
Malgré cette discipline rigoureuse, le doute n’est jamais loin. « Je me demande tous les jours si je vais arrêter, avoue-t-elle. Mais quand je vois la fierté de mes enfants qui me voient déjà médecin, et me disent qu’elles aimeraient que je les soigne… Je ne peux pas abandonner. » Un quotidien difficile. Le corps enseignant est compréhensif mais certaines remarques peuvent être blessantes, notamment lors de stages, où les soignants s’étonnent qu’elle puisse être un futur médecin.
La prise en charge des femmes, sa priorité
Son ambition est claire : devenir médecin généraliste avec un intérêt particulier pour la santé des femmes. Le déclic date du jour où, reçue par une excellente généraliste, elle s’est dit : « Oui, faire de la bonne médecine et avoir une prise en charge respectueuse du patient est possible. » Elle espère contribuer, un jour, à améliorer la place et la prise en charge des femmes dans le système de soins « J’aimerais apporter mon grain de sel et faire évoluer les choses, même un petit peu », confie-t-elle.
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