De soldat à étudiant en médecine : le parcours hors norme de Moyave

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Publié le 13/12/2025
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Longtemps partagé entre trois vocations — militaire, policier, médecin — Moyave aura finalement opté pour le soin. Un parcours hors du commun l’a mené, à 38 ans, sur les bancs de la faculté de médecine, bien loin des champs de bataille et des interventions policières qui avaient jusque-là rythmé sa vie.

Crédit photo : DR

Après plusieurs moments difficiles dans l’armée et des désillusions professionnelles dans la police, Moyave décide de se tourner vers le soin. Mais, doutant de ses capacités, il choisit d’abord une voie parallèle : pédicure-podologue. « Je ne me sentais pas capable de réussir médecine », confie-t-il.

Pourtant, au fil des stages hospitaliers, la frustration grandit : « En suivant les médecins, je me suis rendu compte que je voulais aller plus loin, comprendre plus en profondeur ». Un enseignant détecte alors en lui les qualités d’un futur médecin, et l’encourage à tenter la L.AS (licence accès santé). Le pari s’avère gagnant : Moyave est admis directement en deuxième année de médecine.

Une vocation du soin déjà présente à l’armée

Ce retour aux études n’a finalement rien d’un hasard : « À l’armée, j’avais passé un bac ST2S. J’adorais le soin. J’étais le sanitaire de mon groupe de combat. En mission, je m’occupais des blessés de mon unité, des civils, parfois même de l’ennemi. Je me sentais à ma place dans cette fonction », témoigne-t-il. Grâce à son parcours militaire, son bac les équivalences obtenues dans la police et son diplôme de pédicure-podologue, l’accès en deuxième année se fait naturellement.

Les études de médecine ne l’effraient pas. « En pédicurie-podologie, confie-t-il, j’étais habitué à travailler énormément. J’ai fait de bons classements sans rattrapage ». La discipline militaire a également joué un rôle clé. « Dans l’armée et la police, je faisais parfois 120 heures par semaine. Alors, travailler longtemps ne me dérange pas, surtout pour quelque chose que j’aime ». Ses expériences dans le soin l’aident à comprendre plus vite les pathologies, le fonctionnement hospitalier et la hiérarchie. Et bien sûr la résilience essentielle en médecine lui vient du terrain : « Quand on est militaire, on apprend à souffrir en silence. »

Humilité, dépassement de soi, respect de la parole donnée… Pour lui, l’armée a été déterminante. « C’est ce qui a fini de m’éduquer. J’y suis entré à la fin de mes 18 ans, j’y suis resté cinq ans. J’y ai appris le respect, la valeur du travail, la difficulté de gagner son argent. » L’accident de son petit frère le pousse à quitter les chasseurs alpins et à se rapprocher de sa famille, il décide de s’engager dans la police. Un engagement qui durera pendant 10 ans. À 33 ans il souhaite toujours servir la population mais d’une autre façon. Le soin ressurgit alors dans son esprit.

Un programme dense

Moyave doit aujourd’hui composer avec une vie familiale chargée et une carrière sportive exigeante. Combattant professionnel en MMA, il s’entraîne quotidiennement tout en préparant ses examens grâce aux fiches Ronéo. Sa journée est planifiée “au millimètre”. Il se lève à 7 heures, amène ses enfants à l’école en alternance avec sa femme. Puis de 9 h 20 à 10 heures, il s’exerce sur les annales puis file à son entraînement sportif quotidien jusqu’à 12 heures. Au programme : préparation physique, MMA ou boxe. Puis révisions et obligations familiales, avec un nouveau rush de 20 heures à 22 heures. Il lui arrive même de doubler ses séances de MMA. Prochain combat : après les partiels de février.

En troisième année de médecine, deux disciplines le séduisent particulièrement : l’anesthésie-réanimation et l’urologie. « J’aime le côté transversal et la gestion du multiviscéral. En urologie, j’apprécie son côté mécanique et hormonal, toute la sphère génito-urinaire. »

Après une vie passée à sauver des vies sur d’autres terrains, Moyave sait qu’une page se tourne. « J’ai vécu des phases très dures. Je suis fier d’avoir sauvé plusieurs personnes, mais je n’ai plus envie de retourner dans ce milieu-là. » À l’aube de ses 40 ans, il ouvre un nouveau chapitre : celui d’un futur médecin porté par l’expérience du combat, le sens du devoir et une détermination intacte.

* Moyave est le surnom qu’on lui a donné à l’armée


Source : lequotidiendumedecin.fr