« J’ai choisi de redoubler ma cinquième année pour mieux préparer le concours et pouvoir choisir ma ville d’internat », témoigne Charlotte, 30 ans, étudiante en cinquième année de médecine en île-de-France. Elle vise médecine d’urgence réanimation à la campagne. Mais ce choix stratégique pourrait devenir inutile si l’article 4 de la proposition de loi déposée par Corinne Imbert (LR) était adopté. Cette dernière a déjà été votée en première lecture.
En effet, la mesure prévoit que « l’affectation par subdivision territoriale et par spécialité des étudiants ayant satisfait aux exigences des épreuves mentionnées au 1° du présent I s’effectue selon des modalités prenant en compte les résultats à ces mêmes épreuves ainsi que le parcours de formation, le projet professionnel des étudiants et, le cas échéant, leur situation de handicap. Elle permet aux deux tiers de ces étudiants d’accéder au troisième cycle dans la région dans laquelle ils ont validé le deuxième cycle des études de médecine ». Ce qui pourrait signifier que l’endroit de passage du concours détermine le lieu d’internat.
Charlotte juge l’amendement profondément injuste. « Cela nuit à l’égalité des chances. Certaines régions n’offrent pas toutes les spécialités. Cela signifie que des étudiants pourraient être empêchés d’exercer la spécialité qu’ils souhaitent simplement parce qu’ils ont grandi au mauvais endroit. De plus, un étudiant qui n’aurait pas le classement suffisant pour obtenir une spécialité à Paris, mais qui pourrait l’avoir ailleurs, ne pourrait plus partir » souligne cette dernière.
Une vocation tardive… Et de lourds sacrifices
Charlotte a d’abord exercé comme kinésithérapeute, pendant trois ans, avant de réaliser que sa passion la ramenait vers la médecine d’urgence et la réanimation. Elle passe alors une Licence Accès Santé (LAS) et intègre la filière médicale à Paris en raison de sa situation familiale. Cette reconversion a des répercussions logistiques sur son couple. « À 30 ans, souligne-t-elle, avec une vie de famille, il faut que tout le monde puisse suivre. Mon mari ne peut pas exercer à Paris. »
Ils ont en effet pour objectif de s’installer en province. La Bourgogne-Franche-Comté, l’Auvergne-Rhône-Alpes, ou la Nouvelle-Aquitaine, et des villes comme Besançon, Limoges, Clermont-Ferrand ou Saint-Étienne figurent parmi leurs options. Leur choix s’explique très logiquement : « Nous sommes des enfants de la campagne. Et moi, je veux aller dans ma région natale qui est un désert médical. Avec cette réforme, ce sera impossible. C’est ironique et absurde », déplore l’étudiante.
À l’aube de cette énième réforme, Charlotte dénonce un manque de cohérence dans les mises en œuvre successives. « On change les règles tous les quatre matins. À peine une réforme mise en place, une seconde arrive. » Pour elle, le contrat initial n’est pas respecté, si bien que les « étudiants ne savent plus dans quoi ils s’engagent ».
Quitter la France comme dernière solution
Attachée au système de santé français, la jeune femme aimerait rester en France, mais l’idée de s’expatrier risque fort de l’emporter si ce nouvel article de la réforme passe et qu’elle se retrouve contrainte de rester à Paris. « L’Allemagne, l’Italie… Plusieurs pays de l’Union européenne deviennent envisageables, s’il est désormais impossible de construire notre vie ici. » Cette décision qu’elle regretterait, la réforme pourrait la rendre inévitable. « Si je dois rester en région parisienne, il faudra malheureusement que nous quittions le système français » conclut-elle.
* Le prénom a été modifié
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