« Qui veut que je réchauffe son plat au micro-ondes ? », lance Naurine à ses colocataires, Margot et Camille, occupées à déguster leurs délicieux spaghetti alle vongole commandés pour déjeuner chez un restaurateur du coin. Si les relations sont devenues familières, il y a quelques mois encore, ces trois internes en médecine générale, ainsi que Jocelyn, le quatrième de la colocation, ne se connaissaient pratiquement pas.
Leur arrivée début novembre pour des stages de six mois dans le Réolais (Sud-Gironde) a marqué le début d’une belle aventure. « Depuis que nous sommes en coloc, on fonctionne un peu comme une famille, sourit Camille, originaire du Havre et venue à Bordeaux pour effectuer son internat. On se retrouve le soir, tous les quatre, pour dîner après notre stage, on discute de notre journée, on fait des jeux de société, c’est très sympa ! »
Dimension esthétique
Pour ces généralistes en formation, l’installation dans cet appartement tout équipé, situé à Monségur au cœur d’une bastide animée, s’est effectuée un peu par hasard. « Je ne savais pas trop à quoi m’attendre en arrivant ici », confie Margot, en stage chez plusieurs praticiens. « Mais je voulais explorer une autre manière d’exercer et expérimenter la médecine en milieu rural », précise l’étudiante originaire du Pays basque.
Quelques semaines avant son arrivée, le Dr Marc Faget, initiateur du projet, la contacte – comme les trois autres internes en stage – pour lui proposer cette solution d’hébergement partagé. « Lorsque je suis venue visiter, les travaux n’étaient pas achevés mais j’ai tout de suite été séduite par le concept et l’environnement », se souvient l’étudiante, ravie d'avoir pu emménager avec son chat Izar. Un sentiment partagé par ses colocataires. « J'aurais eu du mal à dormir dans un internat vétuste ou dans une chambre attenante au cabinet comme c'est parfois proposé, souligne Naurine. Ici, les conditions sont vraiment agréables et les gens très gentils. »
Avec plus de trois mètres de hauteur sous plafond, 229 m² de superficie, une décoration soignée et une cuisine baignée de lumière, impossible de ne pas succomber au charme. « Je voulais créer un espace qui échappe aux standards, avec une vraie dimension esthétique, où l'on se sente comme à la maison », confie le Dr Marc Faget, qui a consacré trois ans à ces travaux avant de voir son projet aboutir.
S’éviter les trajets
Au-delà de l'aspect convivial, l'objectif est de proposer une solution abordable pour les internes, déjà contraints de payer un loyer à Bordeaux. Fixé à 300 euros, le montant du loyer est entièrement pris en charge par l'indemnité d'hébergement versée chaque mois par l’ARS. Autre avantage, le gain de temps pour les étudiants. « Avec les embouteillages, j'aurais mis environ 1 h 15 pour rejoindre La Réole depuis Bordeaux. Vivre sur place me fait gagner au moins une heure de sommeil, ce qui est loin d'être négligeable, surtout en hiver », souligne Naurine. Le bénéfice est aussi financier : « Avec deux allers-retours hebdomadaires (environ 20 euros chacun) effectués à raison de quatre fois par semaine, j'aurais largement dépassé l'indemnité de transport qui est d'environ 100 euros net par mois dans mon cas. »
Il y en aura forcément quelques-uns qui tomberont sous le charme du coin
Dr Marc Faget, à l’origine du projet
Ce projet de coliving, le Dr Marc Faget en rêvait. « J’en ai vu passer des internes dans mon cabinet, ils arrivaient en voiture, réalisaient leurs consultations et repartaient le soir à Bordeaux, sans vraiment saisir les atouts de l'exercice en milieu rural ni la qualité de vie qui l'accompagne, la colocation c’était la solution », avance celui qui est maître de stage depuis une dizaine d'années. Il espère, pourquoi pas, susciter des vocations durables. « Je ne vais pas mentir, l’objectif serait que les internes qui expérimentent ce mode vie se disent “c’est ici que j’ai envie de creuser mon sillon” ! »
Afin de mettre toutes les chances de son côté, le Dr Faget, épaulé par la CPTS du Réolais, a pensé à tout : réductions dans les cafés et brasseries, accès gratuit aux événements culturels, soirées avec des soignants locaux. « Si je parviens à maintenir quatre terrains de stage sur dix ans, cela représente 80 internes. Il y en aura forcément quelques-uns qui tomberont sous le charme du coin, et peut-être même que des couples se formeront ! », s'amuse à parier le généraliste, fier de prendre de l'avance sur la quatrième année d’internat de médecine générale prévue pour 2026. À l'échelle de la CPTS, cette réflexion est d’ailleurs engagée depuis des mois. « Cinq cabinets sont prêts à accueillir des docteurs juniors », se réjouit Nicolas Dumont, coordinateur de la CPTS.
S’il est prématuré de parler d’installation avec les colocataires, les perspectives sont encourageantes. « Vous finirez par en charmer des internes, sourit Naurine. J'ai déjà une amie qui aimerait s'installer ici ! » Avec 22 médecins sur le territoire - dont dix de plus de 50 ans - la situation est préoccupante. « En 2003, il y avait un médecin pour 900 habitants. Aujourd'hui, nous sommes à un pour 1 600 », s’inquiète le Dr Faget, plus déterminé que jamais à inverser la tendance.
Article précédent
En Creuse, le pari des maisons des internes plutôt que les primes
En Creuse, le pari des maisons des internes plutôt que les primes
Une coloc clé en main à Monségur
« L’accès au secteur 2 pour tous, meilleur moyen de préserver la convention », juge la nouvelle présidente de Jeunes Médecins
Jeu concours
Internes et jeunes généralistes, gagnez votre place pour le congrès CMGF 2025 et un abonnement au Quotidien !
« Non à une réforme bâclée » : grève des internes le 29 janvier contre la 4e année de médecine générale
Suspension de l’interne de Tours condamné pour agressions sexuelles : décision fin novembre