L' ASSASSINAT, dans le hall de l'institut Gustave-Roussy, d'un convoyeur qui s'apprêtait à approvisionner un distributeur automatique de billet (DAB) situé près de la cafétéria, démontre une fois de plus que les DAB posent des problèmes de sécurité particuliers.
L'employé abattu transportait une sacoche contenant 450 000 F. Les convoyeurs de fonds n'aiment pas alimenter des DAB dans des endroits de passage où peuvent se dissimuler, dans la foule, des malfaiteurs armés. La situation est connue des pouvoirs publics et des banques.
Parmi les récentes dispositions prises pour y faire face, un décret renforce les normes de blindage et d'armement dont les transporteurs doivent bénéficier, et la loi de juillet 2000 prévoit la sécurisation, d'ici à 2002, des lieux de dépose et de ramassage des fonds. Dans l'hypothèse où les installations ne pourraient pas être rendues « sûres », les DAB seraient supprimés. Mais de simples investissements ne vont pas tout régler. Les attaques auront lieu dans la rue, préviennent les banquiers. En revanche, il a été mis au point des valises qui, si elles sont forcées, provoquent la destruction des billets de banques qu'elles contiennent. Dès lors que les malfrats n'auront plus intérêt à voler des billets de banque maculés d'encre, perforés ou brûlés, ces mallettes pourraient être transportées par des véhicules banalisés par un seul chauffeur non armé.
Les convoyeurs y croient, mais, avant que soit généralisé un tel système, ils réclament des escortes policières plus fréquentes, des tournées aux horaires aléatoires et une sécurisation des locaux de collecte de fonds « dans l'année » et non d'ici à 2002. A ce jour, il existe 100 « points noirs » dans la capitale et une cinquantaine en province, selon Eric Ersham, directeur de la Brink's, société où travaillait la victime ; parmi ces points noirs, figure Gustave-Roussy, qui a besoin, de l'avis du Syndicat des convoyeurs de fonds (Synoval), d'un équipement « en urgence ».
A Gustave-Roussy, l'un des 20 établissements anticancéreux privés participant au service public, on rappelle que « des mesures de précaution particulières » sont prises, tant par l'institut lui-même que par la BNP, qui dispose d'un DAB « inséré dans la maçonnerie du hall d'entrée ». « Le dispositif en place démontre que ce qui doit être fait est fait, affirme le responsable de la communication. Mais, face à des malfaiteurs extrêmement déterminés, ça ne sert pas à grand-chose. » En la circonstance, le responsable de la sécurité et la dizaine de personnes qui travaillent sous ses ordres et sont chargées de contrôler les accès au centre, les bureaux, les parkings ou encore de veiller aux risques d'incendie ne semblent pas suffire. Dans l'histoire de l'institut, fondé en 1921 et fréquenté chaque année par quelque 130 000 patients, il ne s'est « jamais rien passé, hormis des vols à la tire à l'extérieur des bâtiments », lesquels comprennent 30 000 m2 répartis sur 18 étages. Quoi qu'il en soit, dès cette année, les travaux d'agrandissement des locaux sur quatre ans, avec plus de 17 000 m2 consacrés à l'hôpital de jour et aux consultations, permettront de « revoir certains aspects de la sécurité », notamment au niveau du service bancaire. Cette question serait « prise en compte, d'ores et déjà,par le directeur des services techniques de l'institut Gustave-Roussy et les architectes ».
L'AP-HP veille au grain
A l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris, où un cinquième des 41 établissements hospitaliers sont dotés d'un DAB ou d'un guichet automatique de billet (GAB), le même drame qu'à Gustave-Roussy aurait pu se produire. « Le risque zéro n'existe pas, dit au « Quotidien » Jacky Dufresnoy, responsable de la sécurité à Saint-Louis (Paris). D'ailleurs, nous avons eu dans mon établissement un braquage en 1996, sans coup de feu, qui a rapporté quelque 400 000 F à ses auteurs, et une tentative, dans la même année. Nous en avons tiré les leçons en passant une convention avec la BNP. Celle-ci stipule que l'approvisionnement de la billetterie doit se faire avant 8 h, à des jours différents chaque semaine, et avec le concours d'un chauffeur et de deux convoyeurs. Dans le même temps, un groupe de travail a été constitué au sein de l'AP et, dès 1997, il formulait une série de recommandations », qui doivent encore être appliquées et respectées dans les hôpitaux concernés. Les DAB, sortes de cabines avec porte blindée et illeton, sont préférées aux GAB. Installées par des sociétés agréés, elles doivent se situer au rez-de-chaussée, dans une zone dégagée, éclairée de jour comme de nuit, à l'écart des cafétérias et salles d'attente, et le plus près possible de la voie publique. En outre, une surveillance vidéo et une liaison radio entre la police et la société gestionnaire du DAB sont conseillées, de même qu'un « encaissement plafond, une fois par semaine », et ce à l'aide d'un « véhicule non banalisé ».
Bien sûr, les convoyeurs de fonds sont consternés et se sentent mal protégés. Depuis avril 2000, cinq de leurs collègues ont été abattus. La Brink's offre une récompense de un million de francs à tout informateur sur l'assassin de Gustave-Roussy.
* Gustave-Roussy, avec ses 450 médecins et 257 chercheurs, prend en charge plus de 10 000 nouveaux patients par an.
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