Le Dr Hervé G., est médecin généraliste à Vichy, Après s’être installé en libéral « avec un vieux copain de la fac », il a commencé à faire des plages de permanence hospitalière avec le Samu. Par ce biais, il est entré en contact avec une association de lutte contre la précarité où il assure onze heures de consultation par semaine. Une activité débordante mais qui ne l’empêche pas d’être un lecteur assidu, se passionnant plus particulièrement pour le côté initiatique des médecins héros de roman.
Êtes-vous « un lecteur », au sens très large du terme ?
J’aime bien lire, ça dépend des périodes… et du temps. Mais il faut le prendre. En ce moment, sur les conseils d’un ami, j’ai attaqué « Le Royaume », d’Emmanuel Carrère, un livre très intéressant. J’avais déjà apprécié le « Limonov » du même auteur. J’ai aussi pris du plaisir avec « Les Cavaliers », de Joseph Kessel, que je n’avais jamais lu.
Vous êtes donc plutôt lecteur de romans ?
En effet, mais comme je manque parfois d’inspiration, je fais le plus souvent confiance à mon libraire.
Avez-vous l’impression d’avoir été particulièrement marqué par des personnages de médecins rencontrés dans vos lectures ?
Deux romans me viennent à l’esprit. D’abord celui qui raconte l’histoire d’un jeune garçon, au XIIIe ou XIVe siècle, qui vit en Orient. Il part en apprentissage avec un « maître » qui a des connaissances et compétences médicales, mélange de médecin et de sorcier. Malheureusement, je suis bien incapable de retrouver le titre ou l’auteur… C’est dans la même veine que « Le médecin d’Ispahan » de Noah Gordon, un véritable voyage initiatique, que j’ai lu il y a cinq ou six ans. Plus récemment, il y a « Peste & Choléra » de Patrick Deville qui raconte de manière romancée la découverte de l’agent de la peste par Yersin à la fin du XIXe siècle.
Dans le même style biographique, j’ai lu l’histoire d’Alois Alzheimer qui était psychiatre et neurologue en Allemagne. Il travaillait comme interniste dans un hôpital psychiatrique et il s’est mis à étudier le cas d’une de ses patientes, Mme D, âgée de 50 ans environ, qui présentait des signes de démence. Il l’a suivie quelques années et il collectait tous les jours les détails cliniques observés. Quand elle est décédée, il a mis la « main à la pâte » et a fait sa nécropsie. C’est là qu’il a découvert les lésions histologiques cérébrales typiques de la maladie qui a pris son nom quelques années plus tard.
[[asset:image:6891 {"mode":"small","align":"right","field_asset_image_copyright":[],"field_asset_image_description":[]}]]
Que recherchez-vous plus particulièrement dans ces romans ?
Le côté initiatique je pense. Ces « mecs », ils faisaient tout, ce qui n’est plus le cas maintenant. Ils partaient de rien ou presque et il leur restait tout à découvrir.
Cela veut dire que vous avez la nostalgie du médecin d’autrefois ?
Sans doute un peu. Concernant les médecins plus « modernes » de la littérature, j’aime bien les thrillers
médicaux de Patrick Bauwen ou de Thierry Serfaty. Ils sont tous les deux médecins en exercice d’ailleurs. C’est parfois à la limite de la science fiction, ça me rappelle mes lectures adolescentes. Mais, finalement, le point commun entre tous ces livres, c’est qu’on y rencontre des médecins « enquêteurs, qui cherchent des réponses.
Ces lectures influencent-elles votre pratique quotidienne ?
Oui, mais indirectement. Peut-être est-ce, au contraire, ma pratique qui influence mes lectures. Je pense que c’est avant tout mon rapport à l’autre qui m’a influencé.
Avez-vous pensé à écrire vous aussi ?
J’y ai pensé, mais je ne me suis jamais senti assez fort ni assez « intellectuel » pour le faire.
Pause exceptionnelle de votre newsletter
En cuisine avec le Dr Dominique Dupagne
[VIDÉO] Recette d'été : la chakchouka
Florie Sullerot, présidente de l’Isnar-IMG : « Il y a encore beaucoup de zones de flou dans cette maquette de médecine générale »
Covid : un autre virus et la génétique pourraient expliquer des différences immunitaires, selon une étude publiée dans Nature