« Les patients qui prennent de l’hydrochlorothiazide (HCTZ) seul ou en association doivent être informés du risque de cancer de la peau non-mélanome (CPNM) et de la nécessité de vérifier régulièrement l’état de leur peau afin de détecter toute nouvelle lésion ou modification de lésion existante et de signaler toute lésion cutanée suspecte ».
Dans un courrier adressé aux professionnels de santé daté du 6 novembre, l’ANSM vient de lancer un pavé dans la mare plutôt tranquille jusque-là des thiazidiques. Alors que ces diurétiques sont utilisés depuis des décennies, deux études pharmaco-épidémiologiques danoises récentes « ont montré un risque accru de CPNM (carcinome basocellulaire, carcinome épidermoïde) lors de l’exposition à des doses cumulatives croissantes d’HCTZ » indique l’agence du médicament.
Un risque de carcinome épidermoïde multiplié par 4 à 7,7
La première a porté sur 71 533 cas de carcinome basocellulaire (CBC) et 8 629 cas de carcinome épidermoïde (CE). Par rapport aux cas témoins, l’utilisation d’une forte dose d’HCTZ (dose cumulative ≥ 50 000 mg) a été associée à un odds ratio (OR) ajusté de 1,29 pour le CBC et de 3,98 pour le CE. Une relation dose-effet cumulative a été observée à la fois pour le CBC et pour le CE, sachant qu’une dose cumulative de 50 000 mg correspond par exemple à 12,5 mg d’HCTZ quotidiens pendant environ 11 ans.
Un second travail a montré une association possible entre carcinome épidermoïde de la lèvre et exposition à l’HCTZ, avec là encore une relation dose-effet cumulative : OR allant de 2,1 pour les patients ayant juste « déjà utilisé l’HCTZ », à 3,9 en cas d’utilisation d’une forte dose (~25 000 mg) et 7,7 (5,7-10,5) en cas d’utilisation de la dose cumulative la plus élevée (~100 000 mg).
En d'autres termes la prise d'HCTZ multiplie le risque de carcinome épidermoïde par 4 à 7,7 selon les doses et par celui de basocellulaire par1,3. Si ces chiffres sont en valeur absolue, « le CPNM est un évènement rare » précise l'ANSM.
Les actions photosensibilisantes de l’HCTZ pourraient être un des mécanismes expliquant ce surrisque.
En pratique, les patients sous HCTZ doivent être informés du risque et les lésions cutanées suspectes doivent être examinées, le recours à la biopsie pouvant être nécessaire. « Afin de réduire le risque de cancer de la peau, il sera conseillé aux patients de limiter l’exposition au soleil et aux rayons UV et d’avoir une protection adéquate en cas d’exposition solaire » ajoute l’ANSM. Enfin, « l’utilisation d’HCTZ doit aussi être réexaminée avec attention chez les patients présentant un antécédent de cancer de la peau ».
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