À LA TÊTE d’une PME de dix salariés, un jeune Français nous livre son double regard de patron et d’assuré installé aux États-Unis :
« La première question qu’on me pose pendant les entretiens d’embauche, c’est si j’offre une couverture santé à mes salariés. La question de l’assurance santé est cruciale, ici. Mais la réponse est non : 500 dollars (359 euros) par mois et par salarié, c’est trop lourd. Chaque jour, je vois l’angoisse des gens qui perdent leur travail. Un de mes salariés a démissionné dans l’urgence pour trouver un job avec une assurance, car sa femme venait de perdre son job et l’assurance santé du couple. Une connaissance vit dans la peur d’être licenciée depuis son triple pontage, convaincue qu’aucune entreprise ne voudra l’embaucher et l’assurer en raison de ses antécédents médicaux.
Le système de santé américain est capable du meilleur comme du pire. Les coûts sont surnaturels : 100 dollars (71 euros) la consultation de médecine générale, 250 dollars (179 euros) minimum le spécialiste, 45 000 dollars (32 300 euros) le suivi de la grossesse à risque et l’accouchement (que nous avons payés par carte bleue, ma femme et moi, et que notre assurance nous a remboursés par la suite). La qualité des soins est variable. Nous avons été échaudés en 2007. À la suite d’un examen d’imagerie, un médecin new-yorkais a annoncé à ma femme qu’il lui manquait une trompe, et que l’autre était bouchée. Son verdict était formel : nous ne pourrions jamais avoir d’enfant. « Il ne vous reste plus que les mères porteuses », avait-il conclu. C’est légal aux États-Unis, et cela coûte 100 000 dollars (71 850 euros). Nous avons rencontré deux sociétés de mères porteuses la semaine suivante. Avant de nous lancer, nous avons refait des examens en France. Là, surprise, autre son de cloche. Le médecin français s’est étonné de la mauvaise qualité du cliché américain. « C’est le type d’imagerie qu’on faisait il y a 20 ans », nous a-t-il dit. Ma femme est tombée enceinte peu après. Aujourd’hui, elle attend un deuxième enfant. Les États-Unis sont au top pour la médecine de pointe, mais en retard pour la médecine de tous les jours. Les médecins travaillent avec du matériel vétuste. Une façon de se prémunir contre les attaques : s’ils avaient un équipement neuf, ils seraient tenus pour responsables d’être passés à côté d’un diagnostic. »
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