Tribune Jean-Pierre Blum

Le plus grand menu du monde

Publié le 04/05/2023
« Le plus grand menu du monde » de Bill François aux Editions Fayard ou le bonheur de comprendre dans une assiette. L’homme de l’être.

Dans l’énigme des neuf points, pour joindre lesdits points sans lever le crayon, il faut avoir l’idée d’oser sortir du cadre telle une mutation positive qui apporterait à l’Espèce. En d’autres termes, en pédagogie, il est des poissons volants qui ne constituent pas la majorité du genre. Mais il est aussi, mais trop peu souvent, des professeurs qui, par on ne sait quel miracle, captivent, façonnent, rendent intelligents, meilleurs.

C’est, avec une élégance rare, le tour de force réussi par Bill François, biophysicien de l’Ecole normale supérieure de Paris. Il appartient au cercle très fermé de ceux des pédagogues qui vous emmèneraient au bout du monde. La méthode de son discours, un grand tiers de rigueur scientifique, un tiers de discours accessible à tous, un tiers de construction sous forme d’une enquête policière et un bon tiers d’humour. Et ne me dites par que cela dépend de la grandeur des tiers. Un pur bonheur.

Guy Savoy, meilleur cuisiner du monde, dans sa préface, a perçu le parfum du propos, « partir des plats, écouter les produits qui les composent, découvrir le destin des espèces » et notre propre Histoire.

L’ouvrage est conçu tel un menu de restaurant gastronomique avec entrée, plat, dessert sans oublier le café. Il n’y a plus qu’à parcourir, à la carte, et de picorer, déguster. Vous découvrirez les secrets des gouts acide, amer, sucré, salé, oléogustus et unami, les deux petits derniers de la famille. Si Bill François était un plat, il serait une création trois étoiles de celles qui surprennent, désarment, façonnent un souvenir. Inclassable tant il est libre. Il réussit le tour de force de montrer que dans notre bouche, sous notre langue, se cache une bonne partie de notre Histoire commune. Tel Nicolas Flamel, il transmute les principes parfois arides de la biophysique en goût, texture, parfum, température mais aussi au-delà en sons, souvenirs, rêveries et, au final, en émotions.

Charles Darwin serait fier de son lointain cousin, Mozart aurait ajouté quelques notes sucrées. Un bijou, une gourmandise.


Source : lequotidiendumedecin.fr