Quel est le rapport entre une dresseuse d’ours et la médecine ? A priori, aucun si ce n’est Jaddo, généraliste de 34 ans, dont le souhait d’être médecin vient « juste après dresseuse d’ours » (Jaddo). Mystérieuse derrière ce pseudonyme, elle décrit, depuis huit ans, consultations, patients et autres humeurs de soignant. Des messages écrits comme elle parle, publiés sur un blog et, désormais, sur twitter où ses pérégrinations sont suivies par plus de 17 000 personnes.
De stages en stages, elle découvre ce qui l’enthousiasme et ce qui lui plaît moins. Voir des jeunes, des moins jeunes, des biens et beaucoup moins bien portants, suivre sur le long terme, expliquer et faire comprendre, c’est en somme ce que Jaddo souhaite trouver dans son exercice. Un échange avec Dominique Dupagne, généraliste lui aussi très en verve (et très en vue) sur la toile, rencontré via une mailing list, lui fait prendre conscience de ce qui apparaît aujourd’hui comme une évidence : la médecine générale était la spécialité qu’elle cherchait.
Au cours de son internat, elle assiste à des situations qui la révoltent. Comme cette femme de 85 ans, attendant d’être opérée du col du fémur, allongée nue sur un lit. Une douzaine de personnes s’affairent autour d’elle sans qu’aucune ne songe à la couvrir d’un drap. Une situation « insoutenable » pour Jaddo. Face à « la violence du monde hospitalier et à l’impression d’être seule », elle trouve dans l’écriture un exutoire.
« Une libération extraordinaire »
En 2007, elle ouvre son blog et, « soudain, tu peux dire tout ce que tu as crevé de dire à l’hôpital, c’est une libération extraordinaire ». Au début, ses deux à trois messages hebdomadaires sont lus par quelques initiés. « Quand j’ai commencé à écrire, j’avais cinq années à raconter », explique celle qui « avait beaucoup à dire d’un coup ». Gagnant en notoriété, elle perd un peu de spontanéité, concède-t-elle, car « ça n’est pas la même chose de dire des choses à 10 ou 1 000 personnes ».
Désormais plus prolixe sur twitter, elle se sent plus investie qu’avant, soucieuse de la répercussion de ses prises de parole. Elle pense qu’elles ont pu servir à « 4 ou 5 étudiants qui ont changé de point de vue sur la médecine générale ». Et autant du côté des patients qui « ne prennent plus un rendez-vous pour deux personnes ». Mais, au-delà, elle a aussi mis sa notoriété au service du collectif de blogueurs «?Privés de désert », dont l’ambition est de fonder « une médecine générale 2.0 ». On se souvient de leurs propositions iconoclastes lancées sur la Toile il y a trois ans : 1 000 MSP universitaires, des salaires aux enchères, des «?chèques emploi-médecin »… Et après, pas très optimiste quant à l’évolution de la profession, Jaddo assure toutefois vouloir « continuer encore longtemps à gigoter ! ».
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