Ah, ce 30 juin 1999… Forçant un peu le trait, on pourrait voir dans cette date pour les acteurs de santé, l’équivalent de ce que fut, il y a plus de deux siècles, la nuit du 4 août à la paysannerie... Ce jour-là, Lionel Jospin clôturait les « États généraux de la santé », vaste concertation qui devait notamment déboucher sur la loi Kouchner de 2002. Et devant un parterre de professionnels et d’usagers, le Premier ministre d’alors surprenait son monde en annonçant le droit d’accès du patient à son dossier médical et l’accession de la médecine générale au rang de spécialité. Patatras ! En quelques phrases, une pichenette, des décennies de pouvoir médical et de domination spécialiste s’effondraient.
Révolution ? Qu’il s’agisse des droits des patients ou des prérogatives des généralistes, la promesse ne tarda effectivement pas à se mettre en place. Et c’est ainsi que le « bon Docteur » d’autrefois devint « spécialiste en médecine générale ». Un vrai bouleversement pour la profession : les premiers titrés sortant en novembre 2007, frais émoulus du nouvel internat, leurs aînés leur emboîtant le pas les mois suivants… Aujourd’hui, le monde des soins primaires peut donc dans sa majorité se réclamer de ce précieux label. Mais pour quoi faire au juste ? C’est ce que nous avons voulu savoir en lançant une grande enquête à l’occasion des dix ans de cette réforme emblématique. Quelque 400 lecteurs et internautes y ont répondu. Qu’ils en soient remerciés ici.
De cet état des lieux inédit, trois enseignements majeurs peuvent être tirés. D’abord, que personne ne remet vraiment en cause le bien-fondé de cet aggiornamento. Il a été l’occasion de redessiner le périmètre de la discipline via le processus de qualification. Cette dynamique a ensuite permis de vraies avancées au plan universitaire, suivies de la naissance d’une véritable expertise en médecine générale. D’où vient pourtant cette impression de gueule de bois quand on rappelle aux uns et aux autres qu’ils sont spécialistes désormais ? Peut-être de la prise de conscience qu’après tout, le quotidien du généraliste ne s’est guère amélioré depuis le début des années 2000. Il y a bien eu quelques changements sur le parcours de soins, des retouches au plan tarifaire et des innovations organisationnelles. Mais ce mouvement a été contrarié par la crise démographique et l’inflation de paperasse. Les héros sont toujours là. Mais ils sont fatigués. La fête est finie. Mais les généralistes n’ont pas fini de trinquer…
Généralistes spécialistes, 10 ans déjà...
Publié le 24/03/2017
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JEAN PAILLARD, directeur de la rédaction
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Source : Le Généraliste: 2790
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