Quelque 350 migrants soudanais, érythréens, somaliens et égyptiens ont été évacués ce 2 juin à l’aube, d’un campement qui s’était formé depuis l’été 2014 sous le métro aérien entre les stations Barbès et La Chapelle, dans le nord de Paris.
« Les campements sont des lieux qui en termes d’épidémie, en termes sanitaires sont toujours à risques, d’abord pour ceux qui y habitent. Donc le démantèlement de ce camp répond à une exigence sanitaire », a déclaré la ministre de la Santé, Marisol Touraine, sur France Info.
« Opération humanitaire et sanitaire »
Pierre Henry, le président de France Terre d’Asile qui, avec Emmaus France, était l’une des deux associations présentes ce matin boulevard de La Chapelle, parle aussi « d’une opération d’évacuation humanitaire et sanitaire ». « Cette opération était nécessaire. Il est inacceptable que des personnes vivent dans des conditions sanitaires déplorables, indignes, sans accès à l’eau, sans sanitaires ! », explique-t-il au « Quotidien ». « Mais il faut de l’anticipation ! Cela fait 6 mois que nous avons sonné l’alerte. Les pouvoirs publics doivent sortir de leurs postures et ne pas attendre que les situations se dégradent ainsi », dénonce-t-il. Jean-François Corty, directeur des missions France de Médecins du monde, ONG qui a mené plusieurs maraudes auprès de ce campement, proteste contre l’inaction des autorités. « On n’a pas besoin d’un rapport de l’agence régionale de santé pour savoir qu’il y a un péril sanitaire. On connaît les risques ! Nous sommes tous pour le démantèlement, mais il ne faut pas attendre, et il faut des alternatives pérennes », réagit-il auprès du « Quotidien ».
Le préfet de police Bernard Boucault a assuré que « des propositions d’hébergement individualisées ont été faites à toutes les personnes présentes sur le campement ». La ville de Paris devrait loger dans des hôtels 74 personnes dont la vingtaine de mineurs, ainsi que des femmes. « Il n’a été procédé à aucune OQTF (obligation de quitter le territoire) aujourd’hui », a indiqué le préfet.
Sur les 350 migrants évacués, 160 relèvent de l’asile et iront dans les centres d’accueil de demandeurs d’asile (CADA) d’Ile-de-France, et 200 sont en transit vers d’autres destinations (Grande-Bretagne, pays nordiques), selon le diagnostic des pouvoirs publics et associations. Ces derniers « vont avoir un hébergement d’urgence et on les verra ressurgir ailleurs, sur la route migratoire », résume Pierre Henry.
Examen médical prévu à Créteil
Une cinquantaine de migrants (ayant déjà demandé l’asile) sont attendus cette fin d’après-midi dans le CADA de Créteil, géré par France Terre d’Asile. Pour prévenir tout risque sanitaire, ils seront reçus dans une salle spécifique, où après un mot d’accueil et les procédures d’identification, la clef de leur chambre leur sera remise. Ils y trouveront un kit sanitaire, puis iront prendre une douche, en plaçant leurs vêtements dans un sac-poubelle pour qu’ils soient lavés dès demain. Ils verront ensuite soit le médecin libéral, qui tient une vacation au CADA, soit le médecin et l’infirmier mis à disposition par l’office français de l’immigration et de l’intégration (OFII). Le CADA possède un cabinet médical, mais pour éviter toute épidémie ou contamination dans cet habitat collectif de 270 places, les migrants seront examinés dans des box dressés pour l’occasion.
Les médecins veilleront à éliminer tout risque parasitaire (puces, gale, punaises, poux), à identifier des cas de tuberculose ou d’autres pathologies, notamment dermatologiques. Des protocoles sont prévus en fonction des situations (en cas de parasites, les vêtements seront placés au congélateur trois jours avant d’être lavés). Les migrants auront ensuite un repas. Dès demain, ils passeront tous une radiographie des poumons, à l’OFII ou au cabinet libéral.
Faim et soif à Calais
Ce même jour, 140 migrants ont été évacués à Calais à la suite de deux décisions de justice. Une quarantaine occupait le campement du « chemin du vivier », dit « squat leader price » à proximité de la rocade qui mène à Eurotunnel, une centaine survivait dans le squat Vandamme, une ancienne usine de recyclage de métaux.
« On est face à une impasse, conséquence d’une inaction volontaire de l’État », se désole le Dr Jean-François Corty, de MDM. L’évacuation du campement « leader price » va encore grossir les rangs des migrants qui se tiennent autour du centre Jules Ferry, ouvert depuis mi-janvier, mais sous-dimensionné. « Il peut héberger une centaine de personnes – des femmes – la nuit, et accueillir 1 500 personnes le jour, pour un repas, une douche, ou la recharge des téléphones portables », explique le responsable des missions France. « Mais ce sont 2 500 personnes qui vivent autour : nos programmes sont en difficulté car les gens ont soif et faim, et ne peuvent assurer leurs besoins vitaux », poursuit-il. En plus des pathologies de la rue (infections cutanées, respiratoires et troubles psychologiques), les problèmes d’addiction à l’alcool se développent, ainsi que la traumatologie, liée à des chutes de camion ou des écrasements. Il y a eu encore un mort dans la nuit de dimanche à lundi. « Nous n’atteignons même pas les standards de l’Organisation mondiale de la santé, pour l’approvisionnement en eau (20 litres annuels par personne et par jour). Il faut que l’État réagisse urgemment ! », appelle le Dr Corty.
À Paris, le préfet de police a annoncé que le campement de la gare d’Austerlitz, où se trouvent 150 migrants, sera évacué « dans les jours qui viennent ».
Pause exceptionnelle de votre newsletter
En cuisine avec le Dr Dominique Dupagne
[VIDÉO] Recette d'été : la chakchouka
Florie Sullerot, présidente de l’Isnar-IMG : « Il y a encore beaucoup de zones de flou dans cette maquette de médecine générale »
Covid : un autre virus et la génétique pourraient expliquer des différences immunitaires, selon une étude publiée dans Nature