Guérir les cancers ... Même si des progrès considérables ont été accomplis ces 40 dernières années faisant de la moitié des cancers une pathologie curable et d’un nombre croissant de cancers une maladie chronique, ce but ultime des cancérologues n’est pas encore atteint, malgré les moyens colossaux déployés année après année.
Sophistication des chimiothérapies, des techniques chirurgicales, de la radiothérapie, approches protocolisées, campagnes de dépistage, etc., peu de disciplines médicales ont fait preuve d’autant de cohérence technique, scientifique et organisationnelle pour permettre un tel niveau de soins. Selon une récente étude du Lancet, la France est dans le classement de tête mondial de la survie à 5 ans quel que soit le type de cancer.
Dans les années 1990, la première greffe de moelle osseuse chez des patients atteints de lymphome a bouleversé la prise en charge de ce type de tumeur. Un peu plus tard, la découverte des taxanes a constitué une avancée fondamentale en cancérologie, souligne le Pr Véronique Trillet-Lenoir, chef du service d’oncologie médicale du CHU de Lyon. Les essais cliniques ont rapidement montré que ces molécules, dont la plus représentative est le paclitaxel, amélioraient considérablement les performances de la chimiothérapie dans le traitement de certaines tumeurs comme celles de l’ovaire, du sein et du poumon.
La révolution des thérapies ciblées
Les thérapies ciblées, dont l’avènement, au début des années 2000, est marqué par la mise sur le marché de l’imatimib, ont ensuite créé une révolution conceptuelle. Le principe est d’identifier des anomalies moléculaires liées à des mutations géniques spécifiques des cellules cancéreuses contre lesquelles seront dirigés des anticorps monoclonaux ou des inhibiteurs des tyrosines kinases ou d’autres modificateurs des différentes voies de la cancérogenèse.
L’explosion de l’immunothérapie révélée au dernier congrès de l’American Society of Clinical Oncology (Asco) est la dernière marche de cette course aux traitements. Reposant sur la compréhension des réponses du système immunitaire contre la tumeur, et apparue en 2011, les inhibiteurs de checks points immunitaires s’appliquent en complément ou non à d’autres thérapies ciblées, à des pathologies aussi diverses que le mélanome ou le cancer du poumon. Ils sont aussi expérimentés sur les cancers du foie, de l’ovaire et de la tête et du cou.
Une chirurgie plutôt performante
La chirurgie des cancers a, de son côté, beaucoup évolué en quarante ans. Ainsi, en 1990, la première greffe de moelle osseuse chez des patients atteints de lymphome a bouleversé la prise en charge de ce type de tumeurs. Dans le traitement du cancer du sein, les interventions chirurgicales sont devenues moins mutilantes, la tumorectomie supplantant la mammectomie. Et la mise en œuvre de la multidisciplinarité, née des réunions de concertations des différents acteurs de soins a débouché sur les chimiothérapies pré-, per- et post-opératoire, utilisées dans les cancers du poumon, les carcinoses péritonéales…
Dans le même ordre d’idée, la radio-chimiothérapie concomitante, associant radiothérapie externe, chimiothérapie, curiethérapie, qui a émergé il y a une vingtaine d’années, continue à faire ses preuves dans les traitements locaux des cancers ORL, de l’œsophage, du rectum, et de l’appareil gynécologique. Enfin, au croisement de l’imagerie et de la chirurgie, la radiologie interventionnelle s’est développée pour détruire par radiofréquence, cryoablation ou thermoablation les petites tumeurs hépatiques ou les métastases pulmonaires.
Le dépistage des cancers a lui aussi bénéficié d’avancées importantes. Avec le premier Plan cancer, est apparu en 2004 le déploiement du dépistage organisé du cancer du sein tandis que l’Institut national du cancer, a vu le jour en 2005. Le dépistage du cancer du côlon a été généralisé en 2009, dans le cadre du deuxième Plan cancer et le troisième Plan Cancer a formalisé le dépistage généralisé des néoplasies du col de l’utérus.
Le champ de la prévention reste le maillon faible, même si la découverte en 1990 et 1995 des gènes de prédisposition aux cancers du sein et de l’ovaire BRCA permet de conduire des recherches de prédispositions dans les familles où existent de fortes agrégations de cas, dans le but de pratiquer des examens de suivi plus rapproché, voire des mastectomies ou des ovariectomies bilatérales prophylactiques. Autre révolution, les vaccins anti-HPV, apparus respectivement en 2006 et 2008, à propos desquels l’oncologue regrette que seule 20% de la population cible soit vaccinée.
Les dates clés
› 1990. Première greffe de moelle osseuse chez des patients atteints de lymphome.
› 1995. Mise sur le marché du paclitaxel.
› 2001. Mise sur le marché de l’imatimib.
› 2003-2013. Deux premiers Plans cancer.
› 2014 -2019. Troisième Plan cancer.
› 2015. Explosion de l’immunothérapie et mise sur le marché des inhibiteurs de checkpoints immunitaires.
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