Environ 4 000 décès évités, 6 milliards d'euros préservés, 13 % de vaccinés en plus : les effets du passe sanitaire quantifiés en France

Par
Publié le 18/01/2022

Crédit photo : PHANIE

Quel a été l'impact du passe sanitaire sur le taux de vaccination, la santé et l'économie depuis son instauration en France à l'été 2021 ? Environ 4 000 décès évités, la perte de 6 milliards d'euros évitée et une augmentation de la vaccination de 13 points de pourcentage de la population totale, c'est la réponse chiffrée qu'apporte le Conseil d'analyse économique dans un focus publié ce 18 janvier.

Pour ce travail, l'instance placée sous le Premier ministre et composée de spécialistes indépendants - des mathématiciens, des économistes mais aussi d'un épidémiologiste en la personne du Pr Arnaud Fontanet de l'Institut Pasteur et membre du Conseil scientifique - a construit « des contrefactuels basés sur la théorie de la diffusion des innovations (telle que la vaccination, NDLR) », afin d'évaluer l'impact des incitations par les passes sanitaires en France, en Allemagne et en Italie. L'objectif était d'isoler et de mesurer la partie de l'augmentation du taux de vaccination « spécifiquement due au passe ».

Une pression hospitalière allégée

Cette approche a ensuite été validée par une méthode économétrique standard dite du contrôle synthétique, ce qui a consisté ici à créer un pays « synthétique » sur la base de pays qui n'ont pas adopté le passe sanitaire mais dont la dynamique de vaccination était la même que celle du pays concerné avant son introduction. « Ainsi, la République tchèque et la Belgique sont deux pays au poids important pour construire le contrefactuel », est-il détaillé.

Il ressort de l'analyse que le passe sanitaire a pu permettre de réduire le nombre de personnes en soins intensifs, mais aussi d'échapper à des mesures de politique publique plus dures telles que le confinement. En France, le CAE estime que le nombre de patients Covid en soins intensifs aurait été fin 2021 « d'environ 45 % supérieur à ce qui a été observé avec le passe sanitaire ». Une différence loin d'être anodine, soulignent les auteurs : « Elle aurait entraîné des niveaux de pression hospitalière au-dessus des seuils atteints lors des confinements précédents. »

Un succès déterminé par les modalités de mise en œuvre

L'impact du passe sanitaire est ainsi important mais hétérogène dans les trois pays : il a augmenté le taux de vaccination de 13 points en France (il aurait été de 65,2 % contre 78,2 % observé), de 6,2 points en Allemagne (67,3 % estimé contre 73,5 % observé), et de 9,7 points en Italie (70,4 % estimé contre 80,1 %). Une évaluation que les chercheurs qualifient d' « assez précise », soulignant la cohérence des intervalles de confiance.

C'est ainsi en France que l'impact a été le plus fort et en Allemagne le plus faible. Et pour le collectif scientifique, cela peut s'interpréter par un déploiement plus clair, plus centralisé et plus restrictif pour les activités sans passe en France. En Allemagne, les décisions ont été plus graduelles, avec des règles et des tempos différents selon les Landers. « Cela suggère que les modalités de mise en œuvre sont déterminantes pour son efficacité », est-il avancé comme interprétation.

Qu'en sera-t-il alors du passe vaccinal que le gouvernement souhaite promulguer en France ? Difficile à dire, cette version plus restrictive du passe a entraîné des débats houleux au Parlement, tandis que le passe sanitaire est décrit comme « une alternative plus inclusive que l'obligation vaccinale ». Néanmoins, les chercheurs font remarquer que des facteurs additionnels sont à prendre en compte dans les décisions concernant les passes Covid : « disponibilité des vaccins et des tests, la confiance dans le politique et l'accessibilité pour des groupes marginalisés, afin de ne pas menacer la cohésion sociale ni exacerber les inégalités déjà existantes ».


Source : lequotidiendumedecin.fr