Il y a bien des leçons à tirer de la pandémie de Covid-19. Parmi elles, l’intérêt de prendre en compte les alertes des scientifiques quand ils.elles annoncent des catastrophes impensables. La crise a pourtant tendance à nous faire oublier la menace majeure de notre époque : la dégradation avancée de notre planète.
Les données sont sans appel : 9 millions de décès par an dans le monde attribués à la pollution environnementale (The Lancet), endommagement sévère ou destruction de 75% des écosystèmes terrestres et 66% des écosystèmes marins (ONU), 6ème extinction de masse des espèces (Proceedings of the National Academy of Sciences), réchauffement climatique aux effets déjà perceptibles et dont les projections pour l’avenir représentent un risque potentiellement catastrophique pour la santé humaine (The Lancet).
Les dangers sont nombreux et inquiétants : pénurie d’eau, baisse des rendements agricoles, répétition de canicules meurtrières, dégradation de la qualité de l’air, développement d’espèces vectrices de maladies infectieuses, nouvelles maladies émergentes et pandémies, traumatismes psychiques secondaires aux catastrophes naturelles, déplacements de populations originaires de régions devenues inhabitables, et importants risques de conflits…
Suite aux propositions de la convention citoyenne pour le climat, le 14 décembre, Emmanuel Macron a fait part de son intention d’intégrer à l’article 1er de la Constitution, par voie référendaire, un alinéa stipulant que la France « garantit la préservation de la biodiversité, de l’environnement et lutte contre le dérèglement climatique ».
Cela pourrait être une bonne nouvelle pour l’environnement. Ce serait un excellent moyen de placer le sujet au cœur de l’actualité en impliquant les citoyens. La problématique environnementale apparait souvent lointaine face à nos préoccupations quotidiennes, ses effets étant peu visibles dans notre région du globe et se mesurant sur des années ou plus. La base de toute action efficace est donc bien l’information. Et l’on a pu mesurer avec le facteur déclenchant du mouvement des gilets jaunes - la taxe carbone - combien il est important d’associer les citoyens au débat. Ce référendum pourrait donc donner une occasion sans précédent d’informer sur la gravité des menaces liées à l’effondrement de la biodiversité, à la dégradation de l’environnement et au réchauffement climatique. Au-delà de nos frontières, cela pourrait aussi être inspirant, alors que les mesures à prendre doivent nécessairement être internationales pour être efficaces. La Suisse, l'Espagne, les Pays-Bas ou encore la Norvège ont d’ailleurs déjà modifié leurs Constitutions.
Un débat de qualité est nécessaire
Pourtant, si l’idée d’un tel référendum est séduisante, il n'est pas évident qu'il puisse avoir lieu d'ici la fin du quinquennat, l'Assemblée nationale et le Sénat devant voter auparavant le même texte. Pour qu’il soit efficace, il faudrait aussi avoir un débat de qualité. Cela nécessiterait que l’information délivrée aux citoyens soit sérieuse et adaptée, basée sur les consensus d’experts, mais aussi que les politiques fassent preuve de responsabilité (loin des logiques partisanes). Il faudrait aussi que les citoyens s’en saisissent, dans un contexte d’inquiétudes de court terme, et alors que la confiance dans les médias et les institutions politiques est fragilisée.
Ensuite, l’enjeu de la question posée pourrait être détourné, soit au profit du pouvoir exécutif pour relégitimer son action, soit par les citoyens pour lui témoigner une opposition globale. Enfin, l’efficacité semble ne pas faire consensus chez les experts juridiques.
Cela étant, bien d’autres mesures sont nécessaires pour faire face aux enjeux. Les échéances nationale, européenne et mondiale à venir seront autant d’occasions à saisir. En France le projet de loi Climat sera présenté fin janvier en Conseil des ministres. Dans le cadre du Green Deal, la Commission européenne proposera d’ici juin d’actualiser l’ensemble des textes européens permettant d’atteindre son nouvel objectif de réduction des émissions de gaz à effets de serre d’au moins 55% d’ici 2030. Le Conseil de l'UE invite les législateurs à en tenir compte dans la proposition de loi européenne sur le climat et à adopter cette dernière rapidement.
Enfin, au niveau international, se tiendront en fin d’année les trois COP sur le climat, la biodiversité et la lutte contre la désertification. Au-delà de ce possible référendum sur notre Constitution donc, 2021 pourrait être une année décisive pour le climat, la biodiversité et l’environnement. N’en doutons pas, il faut qu’elle le soit.
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