« Les progrès considérables que le monde a réalisés contre la tuberculose au cours des 20 dernières années sont aujourd'hui menacés par les coupes budgétaires qui commencent à perturber l'accès aux services de prévention, de dépistage et de traitement des personnes atteintes de tuberculose », a déclaré Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) dans un communiqué publié ce 20 mars 2025 à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre la tuberculose.
Une situation alarmante également pointée par Médecins sans frontières (MSF), qui fustige les coupes budgétaires américaines, rappelant que « les États-Unis sont le plus grand contributeur financier aux programmes de lutte contre la tuberculose ». Pour les deux organisations, ces perturbations menacent aujourd’hui la lutte contre la tuberculose – déjà grevée d’un déficit de 11 milliards de dollars – et l’objectif « d’en finir » d’ici à 2030 (The End TB 2030, le programme de l’OMS).
MSF appelle ainsi à « prioriser et garantir des investissements durables pour le diagnostic, le traitement et la prévention de la tuberculose, en particulier pour les enfants » et l’OMS à « investir d’urgence des ressources pour protéger et maintenir les services de soins et de soutien aux tuberculeux ». « Investir dans l'éradication de la tuberculose n'est pas seulement un impératif moral, c'est aussi une nécessité économique : chaque dollar consacré à la prévention et au traitement génère des retombées économiques positives estimées à 43 dollars », a encouragé la Dr Tereza Kasaeva, directrice du Programme mondial de lutte contre la tuberculose et de santé respiratoire de l'OMS.
Des défaillances dans les chaînes d’approvisionnement et d’achat de médicaments antituberculeux
L’OMS fait état de plusieurs rapports informant de « graves perturbations » observées dans la lutte contre la tuberculose dans 27 des pays les plus durement touchés par les coupes budgétaires (régions Afrique, Asie du Sud-Est et Pacifique occidental). Ces deniers observent notamment une pénurie de ressources humaines, des services de diagnostic gravement perturbés, l’effondrement des systèmes de données et de surveillance, la détérioration des efforts d’engagement communautaire et, pour certains pays, des défaillances dans les chaînes d’approvisionnement et d’achat de médicaments antituberculeux. De plus, l’agence onusienne s’inquiète de l’augmentation de la résistance aux médicaments se développant dans les zones de conflits au Moyen-Orient, en Afrique et particulièrement en Europe de l’Est.
Un enfant meurt de la tuberculose toutes les trois minutes
Dans ce contexte de tensions, l’OMS s’inquiète de l’augmentation des cas pédiatriques, notamment en Europe (voir encadré). L’organisme mondial estime que 1,25 million d'enfants et de jeunes adolescents (0-14 ans) contractent la tuberculose chaque année, mais que seulement la moitié d'entre eux sont diagnostiqués et traités. Un enfant meurt de la tuberculose toutes les trois minutes dans le monde. Pourtant, des solutions existent. Le projet MSF Tactic (Test, Avoid, Cure TB in Children), déployé dans plus d'une douzaine de pays d'Afrique et d'Asie, a permis une augmentation du nombre d'enfants diagnostiqués et traités.
« Depuis des années, nous constatons les graves lacunes auxquelles sont confrontés les enfants en matière d'accès au diagnostic et au traitement de la tuberculose dans les pays où nous intervenons », a déclaré la Dr Cathy Hewison, responsable du groupe de travail TB de MSF. « Les enfants sont déjà très vulnérables à la tuberculose, et nous craignons que les coupes budgétaires américaines, qui ont impacté les services communautaires, aient un effet disproportionné sur les enfants, entraînant une augmentation du nombre de cas de tuberculose et des décès évitables », a ajouté le Dr Ei Hnin Hnin Phyu, coordinateur médical de MSF au Pakistan. « Personne ne devrait mourir ou souffrir de cette maladie évitable et traitable », regrette la Dr Hewison.
En Europe, les cas pédiatriques augmentent aussi
Entre 2022 et 2023, le taux de notification de la tuberculose (TB) est passé de 2 à 2,5 pour 100 000 habitants chez les enfants et adolescents de moins de 15 ans dans les pays de l’Union européenne et de l’Espace économique européen (UE/EEE), marquant une augmentation continue pour la 3e année consécutive, selon le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC). L’Organisation mondiale de la santé (OMS) rapporte quant à elle, en 2023, que cette tranche d’âge représentait 4,3 % des nouveaux cas et des cas de rechute dans la région Europe de l’OMS (53 pays dont plusieurs d’Asie centrale), soit une hausse de 10 % par rapport à 2022. Une augmentation particulièrement marquée chez les 1-4 ans (33 % des cas). La tuberculose pulmonaire était prédominante et les cas d’antibiorésistance rares. Néanmoins, le nombre de cas chez l’enfant reste relativement faible dans la région et les causes de cette augmentation n’ont pas pu être déterminées, il est ainsi possible que l’amélioration du diagnostic joue un rôle en Europe. En France, la Haute Autorité de santé a publié ce 24 mars 2025 de nouvelles recommandations pour structurer le dépistage et le repérage précoce de la tuberculose pulmonaire dans les populations à risque, en réponse aux pratiques « disparates ».
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