Une piste pour de nouveaux antibiotiques

Streptocoques : le rôle majeur de l’antigène B dans la croissance bactérienne

Publié le 19/06/2012
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S. AGALECTIAE, responsable d’infections de la glande mammaire chez les bovins et de méningites et pneumonies chez l’homme, est une bactérie pathogène à Gram positif, porteur d’un antigène du groupe B. Cet antigène est un sucre, un pur polysaccharide dont les propriétés immunologiques à l’origine de la classification de Lancefield, sont bien connues puisqu’elles ont permis de développer les sérums. Mais hormis ses propriétés immunologiques et biochimiques, on connaît mal l’antigène B auquel on attribuait finalement qu’un rôle dans l’architecture bactérienne : une sorte d’exosquelette, d’échafaudage, tout juste destiné à lutter contre les stress mécaniques et à garder la forme cellulaire de la bactérie.

Les travaux dirigés par Michel-Yves Mistou (directeur de recherche INRA) et S. Dramsi ( chef de laboratoire à l’Institut Pasteur) viennent jeter un pavé dans la mare : l’antigène B ne sert pas seulement à « décorer » la bactérie mais serait un élément essentiel dans la division cellulaire.

« L’antigène B est très différent de la capsule, explique Michel-Yves Mistou, qui est un facteur de virulence. On peut dire schématiquement qu’un streptocoque dépourvu de capsule sera moins virulent mais la physiologie bactérienne n’en sera que peu altérée. Nous venons de mettre en évidence, grâce aux souches de S. agalactiae mutées pour le gène gbcO, que l’antigène B, lui, a un rôle fondamental pour la croissance de la bactérie. »

D’autres gènes à découvrir.

En effet, le gène gbcO code pour une transférase impliquée dans la première étape de la biosynthèse de ce polysaccharide, étape toutefois commune à tous les streptocoques. « Cela ouvre des pistes potentielles pour la conception de nouveaux antibiotiques, poursuit Michel-Yves Mistou, qui s’attaqueraient à la fabrication de cet antigène. Mais il reste à découvrir d’autres gènes impliqués dans les étapes d’aval de celle-ci pour cibler d’autres espèces de streptocoques hébergées chez l’homme et chez l’animal. Par exemple, on vient de découvrir un rôle possible de Streptococcus bovis, un commensal du tractus digestif, responsable d’endocardite, dans certains cancers coliques. Cibler cette espèce serait vraiment un enjeu thérapeutique. »

Cette découverte s’apparente à celles qui ont été faites chez Staphylococcus aureus. Des travaux similaires ont permis de montrer que les acides téichoiques de la paroi des staphylocoques jouent un rôle comparable à celui de l’antigène B pour le streptocoque. Ces deux « structures » sont chargées négativement. « Cela montre que l’on a besoin, en plus de la paroi bactérienne, de molécules chargées négativement pour organiser la croissance des bactéries. Il y a donc une évolution convergente chez ces bactéries vers la synthèse de molécules différentes mais dont les rôles sont comparables », poursuit M-Y. Mistou.

Enfin, « on a observé que la coloration de Gram, positive ou négative, que l’on croyait dépendante de l’épaisseur de la paroi bactérienne, serait sans doute également liée à l’existence de ces charges négatives qui freinent en quelque sorte la sortie du colorant », conclut le chercheur.

PLoS Pathogens June 012

 Dr ANNE TEYSSÉDOU-MAIRÉ

Source : Le Quotidien du Médecin: 9144