Saisine du Conseil d’État, tribunes : des médecins veulent rendre le masque obligatoire dans les lieux clos, c’est « à l’étude », répond Jean Castex

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Publié le 13/07/2020

Crédit photo : AFP

Observant un relâchement dans l’application des gestes barrières destinés à lutter contre l’épidémie de Covid-19, alors que le virus circule toujours, des professionnels de santé multiplient les appels pour rendre le port du masque obligatoire dans les lieux publics clos.

Dans une première tribune, publiée samedi soir dans « Le Parisien », 14 médecins (1) appellent la population à se ressaisir avant qu'il ne soit « trop tard pour éviter un nouveau confinement, plus ou moins complet ». Ces professionnels ne veulent plus « compter les morts », comme lors de la nouvelle vague.

« Des signaux faibles » inquiétants

« Des signaux faibles commencent à apparaître et doivent nous alerter sur un possible redémarrage massif des transmissions », écrivent-ils, estimant « très regrettable de ne pas utiliser ces moyens efficaces et accessibles » : le port du masque obligatoire, la distanciation physique et le lavage des mains.

Un collectif de médecins, soignants et chercheurs leur a emboîté le pas dans une seconde tribune, publiée dans « Libération » ce lundi. Ces professionnels craignent « les brassages estivaux » et déplorent les images d’élus locaux ou nationaux, sans masques, dans leurs interventions publiques, alors que les risques de transmission par aérosol, et non plus seulement par microgouttelettes, sont désormais reconnus par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

« Cette nouvelle connaissance implique une révision importante des mesures de prévention : une grande attention doit désormais être portée à l’aération des locaux et aux systèmes de climatisation et de filtration », soulignent-ils, insistant sur l’obligation, devenue « évidente », du port du masque en public.

L’Allemagne, la Belgique ou l’Espagne ont franchi le pas et imposent le port du masque dans les lieux publics clos. « Une étude portant sur la ville d’Iéna (Thuringe) établit une réduction de 40 % à 60 % du taux de croissance épidémique suite à cette introduction du port de masque », lit-on.

À côté de ces tribunes, les prises de position se multiplient. Associés à des victimes du Covid-19, des professionnels de santé ont saisi en urgence le Conseil d’État pour « enjoindre l’État de rendre le masque obligatoire dans les lieux clos recevant du public », est-il souligné dans un communiqué.

« Après un effort surhumain du système de santé, il est urgent de prendre toutes les mesures possibles pour empêcher la deuxième vague. Et si le gouvernement ne souhaite pas prendre cette décision, s'il ne retient rien de la crise que nous venons de vivre, nous appelons aujourd'hui le Conseil d'État à l'y forcer », explique Me Fabrice Di Vizio, avocat de l'Association Victimes Coronavirus France et du collectif des professionnels de santé C19.

Dans un communiqué, MG France rappelle sa prise de position, adoptée dès la fin avril, en faveur de l’obligation du port du masque. Le syndicat estime que ce « changement de doctrine » doit s’accompagner de « mesures sociales permettant à tous les citoyens d’accéder à ce moyen de protection ».

Situation toujours préoccupante en Guyane

En visite en Guyane, dimanche, le Premier ministre, Jean Castex a indiqué que « la question de développer le port du masque est à l'étude », « prioritairement » pour les lieux clos. « N’hésitez pas à porter un masque en toute situation, surtout si vous n'êtes pas sûr de pouvoir garder 1 mètre de distance avec ceux qui vous entourent », a, de son côté, tweeté, le ministre de la Santé, Olivier Véran, lui aussi en Guyane ce dimanche.

La visite des deux hommes, accompagnés du ministre des Outre-mer, Sébastien Lecornu, s’inscrit dans un contexte d’accélération de l’épidémie sur ce territoire frontalier du Brésil, où la situation reste préoccupante. Les trois hôpitaux de Guyane (Cayenne, Kourou et ouest guyanais) ont déclenché leurs plans blancs le week-end dernier. Une centaine de membres de la réserve sanitaire, 22 militaires et du matériel ont été envoyés en renfort sur place. Plusieurs évacuations sanitaires ont eu lieu vers la Guadeloupe et la Martinique, mais les capacités hospitalières des deux îles commencent à être saturées.

Si « tout n’a pas été parfait », concède Jean Castex, « la situation épidémiologique semble s'améliorer et c'est heureux », a souligné le Premier ministre, appelant tout de même à la « vigilance ». « La mobilisation de l'État et de l'ensemble des services publics n'est pas étrangère à cette situation », poursuit le nouvel occupant de Matignon.

Envoyé de Paris, le directeur de crise, Patrice Latron, a estimé, auprès de l’AFP, que « c'est probablement grâce aux mesures de couvre-feu que la situation se stabilise, notamment sur l'ouest de la Guyane et sur le littoral », alors que « le centre de gravité de l'épidémie se déplace vers l'ouest ».

La persistance de la circulation du virus s’observe également sur le territoire métropolitain, alors que le pays a franchi vendredi le seuil symbolique de 30 000 décès liés au Covid-19. Dans son point hebdomadaire, Santé publique France constate une « nouvelle tendance à l'augmentation de la circulation du virus SARS-CoV-2 », même si cette circulation virale reste « à un niveau bas ».

En Mayenne, un dépistage massif est en cours, suite à l’apparition de six foyers (clusters). Sur la base du volontariat, cette initiative pourrait concerner près de 300 000 habitants du département. Inquiet, le Dr Blaise Pascal, directeur du projet régional de santé de l’ARS, souligne qu’en Mayenne, « nous touchons au seuil d’alerte de 50 cas pour 100 000 habitants ».

À l’échelle nationale, plusieurs mesures témoignent de la crainte d’une résurgence de l’épidémie, alors que celle-ci s’accélère dans le monde. Des tests virologiques « systématisés » seront mis en place dans les prochains jours dans les aéroports de France pour les voyageurs provenant de pays classés « rouges », a annoncé le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, dimanche sur BFMTV.

(1) Rédigé par le Pr Antoine Pelissolo, psychiatre, et le Dr Jimmy Mohamed, généraliste et chroniqueur sur Europe 1, le texte a été cosigné notamment par les infectiologues Éric Caumes, Karine Lacombe et Anne-Claude Crémieux, l'urgentiste Philippe Juvin, le néphrologue Gilbert Deray, ou encore le généticien, Axel Kahn.

Avec AFP

Source : lequotidiendumedecin.fr