C’est une « note d’alerte » qu’a adressée le Conseil scientifique au gouvernement en remettant le 22 septembre son dixième avis depuis le début de la crise sanitaire liée au Covid-19. Rendu public le 1er octobre, le document de 42 pages dresse un constat alarmant de la situation épidémique en France et anticipe une saturation des services de soins.
« Le nombre d’hospitalisations double actuellement tous les 16 jours en moyenne en France métropolitaine. Dans certaines régions, il double tous les 8 jours », alertent les membres du Conseil. Ils observent un « phénomène de propagation à l’ensemble des groupes d’âge », alors que l’immunité reste faible, atteignant une moyenne nationale de 5 % (de 3 à 10 % selon les régions). Ils anticipent, « dans les semaines à venir », une saturation des hôpitaux (services de réanimation) et une désorganisation des services de soins, qui ne manqueront d’entraîner une « augmentation de la mortalité liée au Covid-19, mais aussi d’autres maladies ».
Un ralentissement « encore possible »
Leurs modélisations prévoient, « selon que l’on applique le taux de mortalité hospitalière observé à la fin (12 %) ou au début (25 %) de la première vague », entre 3 800 et 12 400 décès, sans prendre en compte la mortalité dans les EHPAD ou une surmortalité liée à d’autres pathologies qui résulterait d’une saturation des services hospitaliers.
Face à ce sombre scénario, le Conseil estime qu’un ralentissement de la propagation du virus est « encore possible », si des mesures adaptées sont déployées. « Tout retard se traduirait par la nécessité, pour produire les mêmes effets, de mesures ultérieures plus fortes et de plus longue durée que celles qui auraient été prises plus tôt », avertissent ses membres.
Quatre « options stratégiques » sont détaillées. La première, qualifiée de « stratégie de référence », ne prévoit aucune intervention supplémentaire. La seconde comprend des mesures différenciées en fonction des risques liés à l’âge et à l’état de santé, et notamment une restriction volontaire ou imposée de l’activité sociale. La troisième repose sur l’instauration de nouvelles mesures modérées ou plus contraignantes. La logique est celle d’une « gestion des risques proportionnée aux situations locales » avec du télétravail, un « isolement rigoureux » ou à un éloignement « social » des personnes à risque de forme grave sur la base du volontariat, un plan de protection pour les EHPAD (dépistage systématique des personnels) et des restrictions sur les rassemblements. La dernière option va plus loin et envisage la possibilité d’un couvre-feu, comme l’a connu la Guyane.
Les grandes villes en sursis
Si l’option 3 a la faveur du Conseil, un de ses membres, le Pr Jean-Laurent Casanova, présente une « position divergente » : « selon lui, l’épidémie ne pourra être contrôlée que par un diagnostic rapide, un traçage efficace et un isolement strict, trois étapes qui doivent être obligatoires et contrôlées », relève l’avis du Conseil.
Malgré ces prévisions d’une dégradation de la situation, le ministre de la Santé, Olivier Véran, a accordé, lors de son point presse du 1er octobre, un sursis à plusieurs métropoles (Paris, mais aussi Lille, Lyon, Grenoble, Toulouse et Saint-Étienne), menacées de passer en « zone d’alerte maximale » dès la semaine prochaine, si les indicateurs ne s’améliorent pas. Ce seuil signifierait la mise en place de nouvelles restrictions, comme la fermeture des bars et des restaurants.
Sur ce dernier point, le Conseil scientifique déplore le manque de données disponibles pour « identifier le lieu d’infection des cas ». L’analyse des clusters, réalisée par Santé publique France, a permis d’établir que les entreprises (hors établissements de santé) représentaient 29 % des foyers de contamination et les évènements publics ou privés 26 %, l’industrie alimentaire 57 % et les transports 27 %. En revanche, aucune étude française n’a été menée pour établir le rôle des bars et restaurants dans la transmission.
Si de nouvelles mesures devaient être déployées, leurs effets ne seraient visibles que 15 jours après leur mise en place, avertissent les membres du Conseil.
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