Vaccins, mesures de contrôle aux frontières, détection et surveillance de la circulation virale optimisées, le Conseil scientifique fait état de propositions pour contrer la menace du variant brésilien P1 (BR-P1) dans un avis daté du 16 avril et mis en ligne le 18. « Actuellement, le variant brésilien BR-P1 diffuse de façon incontrôlée dans un certain nombre de pays d’Amérique du Sud, est-il rappelé. Il semble que sa diffusion est une conséquence d’une plus grande contagiosité et de l’absence totale de contrôle au Brésil qui lui a permis de s’étendre aux pays limitrophes voire au continent entier ».
Pour la France, l’inquiétude est légitime pour cet été, estime le Conseil scientifique, la France étant à la mi-avril « probablement en partie protégée par la présence du variant britannique (UK) » et « le niveau de circulation du BR-P1 restant très bas ». En revanche, un risque d’extension de ce variant doit être pris en compte durant l’été 2021, « si on observe une baisse du variant UK et une couverture vaccinale avec les vaccins à ARNm, mais à un niveau insuffisant ».
Une protection par les vaccins, mais moindre
Concernant les caractéristiques de l’infection par le variant P1, l’avis mentionne qu’« un signal d’alarme a récemment été donné au Brésil et au Chili en raison de l’ampleur de l’épidémie, de la contagiosité et du fait qu’une proportion significative des patients avec forme sévère soient âgés de moins de 50 ans au Brésil. » Mais les scientifiques rappellent que s’il a un niveau de transmission élevé, c’est « un peu moins que le variant UK » et que « l’on ne sait pas encore s’il est plus létal ».
Une infection antérieure à la souche historique ou au variant UK est moins protectrice face à ce variant. Quant aux vaccins, qu’ils soient à ARNm ou à adénovirus, les anticorps induits in vitro neutralisent le variant P1 mais pour des titres élevés. In vivo, « les vaccins à ARNm ont une efficacité conservée mais diminuée vis-à-vis du variant BR-P1 », est-il résumé, mais « supérieure par rapport à la réponse vis-à-vis du variant sud-africain », est-il précisé. Le Conseil scientifique appelle ainsi à anticiper concernant les précommandes de vaccins ciblés sur les nouveaux variants, « qui pourraient être disponibles à l’automne, en particulier avec Moderna ».
Une procédure stricte pour la reprise de quelques vols
Le Conseil scientifique soutient la mesure de suspension des vols avec le Brésil et va plus loin en ajoutant qu’elle « devrait se mettre en place avec d’autres pays d’Amérique du Sud ». La reprise des vols devrait être limitée « soit aux passagers d’un retour en France pour des Français vivant à l’étranger, soit pour des raisons impérieuses et limitées pour les ressortissants sud-américains » et dans le cadre d'une stratégie coordonnée au niveau européen.
Pour autoriser ces vols, les modalités proposées, qualifiées de « difficiles mais possibles compte tenu du nombre limité de passagers », comprennent un test PCR 48 heures avant le départ, un isolement strict à l’arrivée en milieu hôtelier si nécessaire, un test PCR ou antigénique à 24 heures et J8 après le retour. L’avis attire l’attention sur le fait que l’aéroport d’Amsterdam est une plateforme commune à KLM et Air France, avec un lien particulier avec le Suriname.
Cas particulier de la Guyane
Pour le cas particulier de la Guyane, « l’incidence est beaucoup plus faible mais en augmentation avec un BR-P1 dominant », est-il décrit. Le Conseil demande ainsi d’avancer le couvre-feu à 17 heures au lieu de 19 heures et de prévoir un confinement le dimanche. Si les vols avec le Brésil doivent être suspendus, l’avis est en faveur d’un maintien des vols avec la métropole « au nom de la continuité territoriale mais avec une procédure nettement plus restrictive », selon des modalités très proches de celles décrites plus haut dans l'optique d'une réouverture limitée des vols.
Le Conseil appelle également à « accélérer la vaccination par les vaccins à ARNm en population générale », rappelant son précédent avis du 26 février et soulignant « qu’elle est très insuffisante à ce jour ». Pour les vols de la Guyane vers les Antilles, la même procédure que pour la métropole doit être respectée, le Conseil ajoutant le critère de la certitude ou non d’une vaccination complète par vaccin à ARNm et insistant sur l’isolement en hôtel en raison des nombreux « retours familiaux ». Aux Antilles, il est rapporté que la circulation du variant BR-P1 doit être surveillée mais que « le variant UK y est bien installé ».
Concernant, la possibilité de survenue à l’avenir d’autres variants d’intérêt, le Conseil scientifique souligne que ceux observés jusqu’à présent « développent tous la même stratégie évolutive », ce qui peut signifier deux choses selon les scientifiques : soit que le virus risque d’épuiser rapidement l’ensemble des possibilités, « ce qui conduira à terme à un cul-de-sac évolutif et donc à une stabilisation rapide », soit que « cela présage d’une capacité évolutive sur le plus long terme avec des nœuds évolutifs (…) qui peut entraîner des modifications en permanence, comme observée pour le virus de la grippe ». Le Conseil scientifique se veut optimiste en indiquant que cette seconde hypothèse « semble moins vraisemblable, au vu de la stabilité génétique et antigénique des autres bêta-coronavirus humains ».
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