LES SUJETS les plus précaires sont-ils plus exposés au risque de devenir ou d’être diabétiques ? Si plusieurs publications ont rapporté une prévalence ou une incidence accrue du diabète chez les sujets vivant dans des conditions précaires, aucun travail n’avait vraiment précisé l’influence de la précarité sur le diabète ni évalué le bénéfice apporté par un réseau de soins à la prise en charge du diabète.
Le Pr Claude Jaffiol, endocrinologue et membre de l’Académie de médecine, a voulu poursuivre l’analyse à travers une enquête* menée en Languedoc (qui enregistre un taux élevé de pauvreté : 11,7 % contre 8 % pour la population nationale) afin de proposer aux institutions et pouvoirs publics des recommandations pour améliorer la prise en charge des diabétiques vivant dans des conditions précaires. L’étude s’est déroulée essentiellement en 2009 et 2010. Une série de paramètres a été recueillie par l’examen clinique et par questionnement direct en ambulatoire chez 1 686 sujets diabétiques ou non à Montpellier et chez 154 à Narbonne, toutes diabétiques. La population étudiée était exclusivement extra-hospitalière et une comparaison a été effectuée entre les diabétiques du réseau de soins AUDIAB de Narbonne et ceux n’appartenant pas au réseau.
Jeunes et éduqués.
« Contrairement à ce qui est dit, nous avons constaté que la précarité touche en particulier des sujets jeunes, masculins, plutôt célibataires, fumant plus et d’un niveau éducatif souvent élevé (études secondaires ou supérieures), pour un tiers d’entre eux », souligne au « Quotidien » le Pr Jaffiol. Dans l’étude, 15,7 % des grands précaires avaient fréquenté l’université. Leur taux de surpoids, de diabète et de pré-diabète est supérieur à celui des non précaires. Les conditions de vie expliquent des carences alimentaires (protéines animales, laitages, fruits, légumes verts) et une surconsommation de féculents et de sodas sucrés.
Les conséquences de la précarité sur le diabète ont été étudiées chez 161 sujets diabétiques de type 2 (DT2). « Le dépistage du diabète chez les précaires est notoirement insuffisant », souligne le Pr Jaffiol. Comparé à des non précaires, leur diabète a été plus rarement découvert par dépistage systématique, il est moins bien équilibré avec plus d’hypoglycémies - « ce qui peut expliquer certains de leurs troubles du comportement », précise l’endocrinologue -, de comas et une HbA1c plus élevée. Par ailleurs, la maladie est mal vécue, avec un fort pourcentage d’états anxio-dépressifs. Le bénéfice apporté par un réseau de soin est également probant sur le suivi des diabétiques précaires, quel que soit le degré de précarité.
Les recommandations de l’enquête « Diabète & précarité » visent à prendre la mesure de ce problème de santé publique, prévenir la maladie et ses complications et agir sur le terrain au plus près des intéressés.
Attention aux hypoglycémiants.
« Il faut tout d’abord informer les généralistes et les praticiens des risques graves liés à l’usage de certains médicaments hypoglycémiants, entre autres les sulfamides, chez des diabétiques en grande précarité », indique le Pr Jaffiol qui milite pour l’introduction d’une formation médico-psycho-sociale dans le cursus des personnels de santé. La prévention passe par le dépistage du diabète mais également par une prise en charge des états pré-diabétiques, « fréquents dans cette population », ajoute l’Académicien. Les personnels non médicaux accueillant des précaires doivent être formés pour les informer de l’intérêt de ce dépistage et les alerter sur les complications de la maladie, en particulier celles touchant les pieds et la rétine. Il y a aussi le rôle fondamental des institutions caritatives responsables de la distribution des colis et des repas qui pourraient efficacement transmettre des conseils alimentaires (via une fiche d’information simple et imagée, par exemple) et adapter leurs dons en fonction de ces besoins. « Plus de la moitié (62,8 %) des diabétiques précaires manifestent leur désir d’être informé », insiste le Pr Jaffiol qui plaide notamment pour le maintien des subventions européennes aux organismes caritatifs pour perpétuer les distributions alimentaires gratuites.
* « Diabète & précarité », enquête menée par Claude Jaffiol (responsable du projet), Annick Fontbonne (épidémiologiste INSERM), Denyse Vannereau (diabétologue et coordinatrice), Jean-Paul Olive (médecin responsable du réseau AUDIAB), Serge Passeron (responsable de l’association PRESPODIA, associé à la coordination de l’enquête).
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