LE THÈME « diabète et grossesse » reste un des sujets phares de tous les congrès, ceci s’est confirmé encore au congrès de la SFD. On a assisté cette année à un excellent cru, grâce à de nombreuses contributions, tant fondamentales que cliniques.
Au plan fondamental, l’équipe de Pascal Ferré et coll. (centre des Cordeliers, INSERM UMRS872, Paris), s’appuyant sur un modèle murin, décrit et confirme, fait fortement suspecté chez l’humain, les conséquences de l’hyperglycémie maternelle et ses effets délétères sur la fonction et la masse et bêta cellulaire endocrine dans la descendance... anomalies qui sont transmissibles aux générations futures, faisant de la programmation fœtale un des déterminants de l’épidémie de diabètes dans le monde.
Au plan clinique, de très nombreuses communications pratiques ont porté tant sur la méthode de dépistage (approche ciblée versus anciens critères dépistage de masse), que sur la prise en charge du diabète gestationnel (DG) durant la grossesse et surtout après (afin de tenter de réduire le risque pour la descendance et pour les femmes elles-mêmes). On se limitera à quelques-unes de ces études.
Une programmation sexe-spécifique ?
D’abord, un important travail mené par N. Regnault et coll. à Boston intitulé « Anomalies de la tolérance glucidique pendant la grossesse et trajectoire de croissance de l’enfant » (1). Son but : étudier les associations entre tolérance glucidique pendant la grossesse et la croissance de l’enfant jusqu’à l’âge de 8 ans dans la cohorte américaine Project Viva. Les enfants de mères DG avaient un IMC à la naissance plutôt plus élevé. Par la suite, l’évolution de la croissance était différente chez les garçons et chez les filles : chez eux, cette association devenait non significative pour réapparaître vers 5 ans, tandis que les filles de mères DG n’avaient pas de croissance significativement différentes des filles de mères n’ayant pas présenté d’anomalie glucidique... mais que les filles de mères ayant une intolérance au glucose (ITG) avaient tendance à avoir une croissance plus lente à 2 ans, suivie d’un phénomène de rattrapage, avec pour conséquence un IMC significativement supérieur dès 7 ans.
Suivi après un DG.
Plusieurs équipes françaises se sont penchées sur le risque de présenter un diabète de type 2 (DT2) après un DG (risque multiplié par 7). On sait que le suivi post DG est très médiocre ou inexistant. Or ce suivi est certes difficile, mais pas impossible. Ainsi, l’équipe du CHU parisien Hôpital Européen Georges Pompidou AP-HP (2) a mené une forte intéressante campagne d’information visant à augmenter les consultations diabétologiques du post-partum lorsque la patiente a présenté un DG. En effet, en 2008, lors de la consultation pour DG les efforts éducatifs portaient sur la conduite à tenir durant la grossesse : le taux de retour en post-partum était proche de 0 %.
En2009, la nécessité de consulter en post-partum était rappelée sur les documents remis à la patiente : le taux de retour s’élevait alors à 12 %. En 2010, une prise en charge en ateliers a été organisée, avec rappel oral, visuel et écrit, de la nécessité du suivi après l’accouchement. Le taux de retour était de 27 % en 2010, de 34 % en 2 011 et de 60 % courant 2 012. En somme, une information répétée passant par plusieurs canaux de communication a permis une amélioration drastique de la situation en quatre années.
Une autre démarche a été entreprise, campagne départementale pour l’amélioration du dépistage des dysglycémies après un diabète gestationnel, l’étude IMPACT (3), qui a permis d’augmenter sa réalisation de 47 % et quintuplé la pratique de la charge en glucose.
Enfin, la grande étude DIAGEST-2 avait montré que, 6 ans après l’accouchement, 18 % des femmes ayant eu un DG ont développé un diabète, et 35 % à 11 ans. Il apparaissait important d’essayer de prévenir le diabète après un DG, d’où la mise en place de DIAGEST-3 (4). Ainsi 516 femmes ont été incluses en 18 mois, 37,2 % de niveau d’étude faible, 75,5 % en surpoids dont 35 % d’obèses. 55 % de femmes sont allées au bout du programme de 3 ans : davantage celles dont le niveau socio-économique était le plus élevé, qui travaillaient et dont l’IMC était ‹ 27. À 3 ans a été constaté : 10 % de DT2, 9 % d’hyperglycémie à jeun et 17 % d’IGT. L’IMC à 3 mois était prédictif de l’évolution à 3 ans. Il convient donc d’identifier les femmes les plus à risque et porter l’effort sur ces femmes d’abord
(1) PO8
(1) R. Ducloux , M. Fontanie, R. Zaharia, J.-J. Altman. P1008
(3) E. Cosson, H. Bihan, G. Reach, P. Valensi. P1010
(4) P. Fontaine et coll., Lille. PO10
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