200 vies par jour. C’est-à-dire une toutes les 7 minutes. Tel est, selon Santé publique France, le tribut que continuent de payer les femmes aux maladies cardiovasculaires en 2025. Un fardeau qu’une meilleure prévention primaire, en particulier chez les femmes les plus à risque, pourrait permettre de réduire. Cependant, le repérage de ces patientes reste sans doute sous-optimal. Notamment car « les facteurs de risque cardiovasculaires classiques ont des conséquences ou des fréquences différentes chez les femmes, (quand) certains autres facteurs de risque leur sont spécifiques », rappelle la fondation Agir pour le cœur des femmes. Dans ce contexte, la communauté cardiologique se mobilise pour améliorer le dépistage et l’évaluation du risque cardiovasculaire chez les femmes. En témoignent plusieurs articles parus depuis cet été.
Réutiliser des mammographies pour prédire le risque cardiovasculaire
À commencer par une étude très relayée au mois de septembre (1), selon laquelle les clichés de mammographies, initialement dédiés au dépistage du cancer du sein, pourraient être réutilisés pour évaluer également le risque cardiovasculaire des patientes. Et ce, avec l’assistance d’une intelligence artificielle (IA).
Pour rappel, alors que dans le cadre du programme national de dépistage du cancer du sein, une mammographie est indiquée tous les deux ans chez toutes les femmes de 50 à 74 ans, cet examen a depuis quelques années fait ses preuves pour mettre en évidence certains signaux liés à un surrisque cardiovasculaire — à l’instar de la calcification artérielle mammaire (CAM), et de la densité tissulaire.
Des chercheurs australiens ont développé « une nouvelle approche permettant d’aller plus loin » en développant un algorithme intelligent capable d’analyser automatiquement ces images, et de prédire le risque cardiovasculaire à partir de la présence de CAM et de l’âge des patientes, avance un éditorial du magazine The Heart. Un travail réalisé à partir des mammographies et des données d’âge, d’hospitalisation et de décès de 49 196 femmes suivies pendant une durée médiane 8,8 ans, au sein de la cohorte Lifepool. Une période au cours de laquelle dont 3 392 participantes ont connu un premier évènement cardiovasculaire majeur.
In fine, cet algorithme de deep learning baptisé DeepSurv s’est avéré capable de « prédire les évènements cardiovasculaires avec une performance similaire aux algorithmes de risque complexes, tels que l’équation Prevent (predicting risk of cardiovascular disease events) de l’American Heart Association », résume l’éditorial.
Les auteurs rapportent en effet un index de concordance de 0,72 entre les prévisions de leur modèle et celles de l’équation Prevent. De quoi ouvrir la voie à un repérage plus systématique des patientes à risque cardiovasculaire chez les femmes éligibles au dépistage du cancer du sein, qui sont également à un âge critique vis-à-vis des maladies cardiovasculaires. Le tout, sans surcoûts importants. « Cette mesure simple, qui ne nécessite pas d’analyses de sang supplémentaires et qui peut potentiellement être mise en œuvre de manière intégrée à une visite de dépistage du cancer du sein de routine présente des avantages pragmatiques substantiels », estime l’éditorial.
Mieux prendre en compte des facteurs de risque négligés
D’autres études se penchent sur de nouveaux éléments qui permettraient de préciser l’évaluation du risque cardiovasculaire chez les femmes. Citons à ce titre un travail mis en avant par la revue The Heart à la rentrée (2), dont les conclusions plaident pour une meilleure intégration, au-delà de facteurs de risque classiques, d’éléments « psychosociaux, environnementaux, et reproductifs » dans l’estimation du risque d’insuffisance cardiaque chez les femmes.
En fait, les auteurs de cette étude se sont penchés sur les données de 233 125 femmes de la UK Biobank suivies pendant une durée médiane de 13,7 ans (dont 6 077 ont développé une insuffisance cardiaque) et sur une liste de 22 facteurs de risque, tantôt bien établis (comme l’hypertension), tantôt insuffisamment pris en compte (comme la dépression ou la précarité socio-économique), ou spécifiques aux femmes et non utilisés dans les scores de risque classiques (antécédent de ménopause précoce, par exemple). Si, au total, l’hypertension restait le facteur de risque le plus fortement associé au risque d’insuffisance cardiaque, des antécédents de maladie inflammatoire chronique, de ménopause précoce et de première grossesse précoce se révélaient également « clé ».
Focus sur les antécédents de violences conjugales
En outre, une étude américaine et un éditorial parus dans Circulation (3) incitent à prendre davantage en compte un autre facteur de risque cardiovasculaire auquel les femmes apparaissent plus exposées que les hommes : les violences conjugales. Harcèlement y compris. Ses conséquences sur la santé cardiovasculaire restaient jusqu’à présent peu étudiées : bien que ce type de violences apparaisse particulièrement fréquent (un tiers des femmes Américaines étant concernées), la littérature s’était pour le moment surtout penchée sur les conséquences cardiovasculaires délétères des violences physiques et sexuelles.
Or selon ce travail conduit auprès de plus 66 000 femmes de la cohorte américaine Nurses’ Health Study 2 — dont 7 721 ont rapporté avoir subi du harcèlement —, ce type de violences était bien lui aussi lié à un surrisque d’infarctus du myocarde ou d’AVC. « Comparativement aux femmes qui n’avaient pas été harcelées, les femmes qui avaient déclaré avoir été victimes de harcèlement présentaient un risque accru de maladie cardiovasculaire autodéclarée (HR = 1,41), après ajustement sur des facteurs sociodémographiques et liés à l’enfance ou à la famille », détaillent les auteurs. Un surrisque qui persistait également après ajustement sur les comportements et l’état de santé, les traitements, les antécédents de violence dans l’enfance, et les symptômes dépressifs. Si bien que, selon les auteurs de l’éditorial associé, « les violences conjugales comme facteur de risque de maladies cardiovasculaires méritent aussi leur mouvement me too ».
(1) Barraclough JY et al. Heart. 025 Sep 16:heartjnl-2025-325705
(2) Shan S et al. Heart. 2025 Aug 4:heartjnl-2025-326345
(3) Lawn RB et al. Circulation. 2025 Sep 2;152(9):570-81
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