Désormais « répandue » avec plus de trois millions d’usagers en France, la consommation de produits de vapotage « comporte des risques » pour la santé, a résumé Benoît Labarbe, chef de l’unité d’évaluation des produits du tabac et produits connexes au sein de l’Agence nationale de sécurité sanitaire, de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses), lors de la présentation d’un avis sur ces produits. Si le vapotage peut être un outil dans un parcours de sevrage tabagique, son utilisation doit rester « transitoire », a-t-il préconisé.
Pour cette première évaluation sanitaire des e-cigarettes, l’Anses a mobilisé 14 experts qui ont analysé 2 864 articles, études ou rapports, ainsi que des données de terrain. Ils ont identifié 1 775 substances dans les liquides utilisés (arômes, nicotine ou substances néoformées qui apparaissent lors du processus de chauffe), dont 106 sont jugées « particulièrement préoccupantes », indique Thibault Mansuy, pharmacien au sein de l’unité d’évaluation des produits du tabac de l’Anses.
Un usage récent et déjà répandu
Trois vagues d’enquêtes, menées entre 2020 et 2023, documentent déjà les usages en France. Chez les adultes (18-75 ans), la trajectoire de consommation est liée à la cigarette, souligne Carole Leroux, cheffe de projets scientifiques au sein de l’unité d’évaluation des produits du tabac de l’Anses : 65 % des vapoteurs fument des cigarettes en parallèle et 35 % des usagers exclusifs ont un passé tabagique. La plupart des usagers (8 sur 10) utilisent un e-liquide qui contient de la nicotine.
Chez les adolescents (13-17 ans), un tiers des usagers n’a jamais fumé avant de vapoter, poursuit-elle. Et la consommation démarre dans un processus de socialisation dans 54 % des cas. À noter, 71 % des ados vapoteurs ont des fumeurs ou des vapoteurs dans leur entourage proche. Chez les femmes enceintes, 52 % fument en parallèle de la vape et 55 % consomment des produits avec de la nicotine.
Une tendance au Do It Yourself est observée : les utilisateurs, pour 53 % d’entre eux, préparent eux-mêmes leurs e-liquides. Plus inquiétant, 22 % utilisent des produits non spécifiques à cet usage. Cette pratique se retrouve chez les femmes enceintes, mais contrairement aux autres usagers, ce n’est pas pour modifier le goût, mais par manque de confiance dans la qualité des produits, explique Carole Leroux.
Des risques cardiovasculaires, respiratoires et cancéreux
Même s’ils ne contiennent pas de nicotine, les produits de vapotage comportent des « risques liés à l’inhalation de substances toxiques », qu’elles soient présentes initialement ou formées au cours de la consommation, alerte Benoît Labarbe. Et ce d’autant que l’usage s’inscrit dans la durée, avec 59 % des utilisateurs qui consomment depuis plus de deux ans, et qu’il reste associé au tabagisme.
Cette relation avec le tabagisme rend d’ailleurs complexe l’étude des effets sanitaires propres au vapotage. L’Anses parvient tout de même à déterminer un certain nombre de risques, avec pour certains d’entre eux un niveau de preuves qui restent à consolider.
Plusieurs effets cardiovasculaires sont ainsi relevés : altération de la fonction endothéliale, réduction de la réponse hyperhémique, hausses de la pression et rigidité artérielles, risque accru d’infarctus du myocarde (même chez des sujets n’ayant jamais fumé). Concernant les effets respiratoires, si le niveau de preuves est insuffisant pour l’asthme et la bronchite, l’augmentation du risque de bronchopneumopathies chroniques obstructives (BPCO) est jugée « possible ».
L’évaluation du risque de cancer se heurte quant à elle au manque de recul et à la difficulté de distinguer des effets indépendants de ceux du tabac. Des travaux expérimentaux permettent tout de même d’établir la survenue « possible » de modifications biologiques compatibles avec les premières étapes de cancérogenèse. Et, chez la descendance des femmes enceintes vapoteuses pendant la grossesse, des données expérimentales animales suggèrent de « possibles effets cardiovasculaires et respiratoires délétères », est-il relevé.
Les experts se sont aussi intéressés à certaines substances émises et inhalées lors du vapotage, en particulier les aldéhydes (acétaldéhyde, acroléine, formaldéhyde, furfural, glyoxal, propionaldéhyde), présentes dans les émissions des produits du vapotage et reconnues pour leurs effets cancérogènes. Ces substances « se fixent sur les tissus des voies respiratoires et les dégradent, explique Thibault Mansuy. Si ces dégradations se répètent dans le temps, les tissus auront du mal à se réparer correctement. » À terme, l’altération des cellules peut favoriser un terrain cancéreux.
Des usages à ne pas banaliser
Face à ces résultats, l’Anses invite à ne pas banaliser ces produits et insiste sur le risque de dépendance. Si la vape peut être un outil efficace pour un sevrage tabagique, la méthode doit rester transitoire. « L’objectif doit être l’arrêt du tabac puis de la vape », recommande Benoît Labarbe. Pour rappel, concernant le tabac fumé, les effets sanitaires sont à la fois graves, avérés et très documentés. Et en l'état des connaissances actuelles, aucun des effets du vapotage sur la santé constatés « ne dépasse, en gravité ni en niveau de preuve », ceux du tabac fumé, est-il précisé.
L’enjeu est aussi, selon le chef d’unité, d’informer les plus jeunes sur les risques. L’Anses adresse aussi quelques préconisations aux autorités et les encourage à responsabiliser les fabricants sur la composition de leurs produits et à renforcer l’encadrement des ingrédients.
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