Suspension du vaccin AstraZeneca : les généralistes se sentent pris « pour des imbéciles »

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Publié le 16/03/2021

Crédit photo : GARO/PHANIE

L’annonce d’Emmanuel Macron, lundi après-midi, de suspendre « par précaution » le vaccin AstraZeneca, dans l’attente de l’avis de l’autorité européenne du médicament (EMA) jeudi a été vécu comme un tremblement de terre par les médecins généralistes.

Les syndicats de médecins libéraux mais aussi les généralistes engagés depuis le 25 février dans la vaccination anti-Covid au cabinet sont nombreux à exprimer leur incompréhension et leur surprise, quand il ne s’agit pas de colère, voire de résignation.

Dès lundi soir, le SML a regretté que le président français ait cédé à la panique. Selon le syndicat du Dr Philippe Vermesch, sa décision met les médecins dans « le plus grand embarras face à des patients chaque jour plus sceptiques » et est susceptible de « planter la campagne de vaccination ». « La lutte contre le Covid-19 est un sujet trop grave et trop sérieux pour être laissé plus longtemps aux mains des politiques et de leur bureaucratie », affirme le syndicat.

À l’instar de nombreux confrères, le président de la Confédération des Syndicats de Médecins Français (CSMF), le Dr Jean-Paul Ortiz, s’est lui aussi dit désemparé par cette décision. « Il s’agit d’un mauvais coup contre le vaccin et contre la vaccination en général », confie le néphrologue au Généraliste, car « elle apporte de l’eau au moulin des antivax, démobilise et accentue la méfiance ». Cette « décision politique » fait selon lui passer les médecins « pour des imbéciles » devant les patients, qui auront « toujours un doute », car « la confiance se construit doucement et se perd très vite. »

Amalgames et erreurs de com'

Le Dr Corinne Le Sauder, présidente de la Fédération des Médecins de France (FMF) s’est déclarée également très surprise par cette « décision à l’emporte-pièce » qui met les médecins face à « des injonctions sont contradictoires » et qui ne savent plus « qui fait quoi » dans cette crise sanitaire.

Un coup, c’est le Premier ministre qui fait des annonces, un autre, c’est le porte-parole du gouvernement, le ministre de la Santé, le « M. vaccin »… quand ce n’est pas le président de la République.

Les médecins généralistes regrettent d’avoir été informés de cette décision par voie de presse ou par des patients au milieu d’après-midi (un DGS-Urgent leur a été adressé en début de soirée). Le Dr Vanessa Fortané, généraliste à Bury (Oise) préfère s’amuser de la communication de l’exécutif : « Le gouvernement nous offre un best-of des erreurs de com'. » Sur une note plus sérieuse, elle ajoute : « Je fais confiance à la science. Je fais de la médecine, Emmanuel Macron de la politique. »

D’autres médecins de famille, sur Twitter, préfèrent ironiser.

La « saga » AstraZeneca

Le Dr Matthieu Calafiore, généraliste à Wattrelos (Nord), lui parle de situation « ubuesque », où le président de la République est devenu l’autorité de Santé, au détriment de son ministre Olivier Véran. Le médecin se dit dans « l’incompréhension », puisqu’il n’y a « aucune justification scientifique » à ce jour pour expliquer cette suspension du vaccin.

Quelques médecins affirment cependant comprendre la décision prise par le chef de l’État. Pour le Dr Jérôme Marty, président de l’UFML-S, elle se justifie « au regard du nombre de pays européens qui ont suspendu la vaccination par AstraZeneca » même si elle repose sur des cas de thromboses « extrêmement rares ». Le Dr Jacques Battistoni (MG France) estime lui aussi dans Libération que le président français n’avait « pas le choix » et qu’il a pris une décision « logique ».

Un médecin joint par Le Généraliste suggère que le chef de l’État aurait pris la décision de suspendre la vaccination dans la foulée de son partenaire allemand, imaginant impossible de se désolidariser. Outre-Manche, le Premier ministre britannique Boris Johnson a lui défendu dans les colonnes du Times le vaccin AstraZeneca « sûr et marchant extrêmement bien ». Comme le note Corinne Le Sauder, dans un sourire, « le vaccin AstraZeneca, c’est une saga… » Quid du prochain épisode ?


Source : lequotidiendumedecin.fr