« On ne se laissera pas faire », prévient Jordan Jolys, vice-président de l’Union nationale des infirmiers en pratique avancée (Unipa), qui oscille entre inquiétude et exaspération depuis la rencontre avec le ministre de la Santé Yannick Neuder. Les motifs de fâcherie ne manquent pas, les IPA ayant le sentiment d’être en permanence victimes de querelles de périmètre qui aboutissent à réduire leur champ d’intervention (ou à freiner les avancées promises). La faute aux médecins ?
La non-publication de l’arrêté complémentaire encadrant la primo-prescription des infirmiers en pratique avancée (IPA) constitue le premier grief, alors même que le décret leur ouvrant la voie à l’accès direct et aux prescriptions initiales a été acté au Journal officiel le 20 janvier. Cet arrêté, qui doit indiquer la liste des produits et prestations que les IPA sont censés pouvoir prescrire, est pourtant prêt à être publié depuis l’été 2024. « Il a passé les diverses étapes de validation du Haut conseil des professions paramédicales et de l’Académie de médecine », se désole Jordan Jolys.
Le renouvellement des prescriptions en question
Nouvelle déconvenue pour la profession : la volonté du ministre de la Santé – du moins-perçu comme telle – de réécrire une partie de l’arrêté de juillet 2018, à savoir le socle de l’exercice des IPA qui leur autorise en particulier le renouvellement de certains traitements et produits de santé. « Yannick Neuder nous a expliqué qu’il souhaitait reformuler le texte en remplaçant la mention “pour les pathologies dont l’IPA assure le suivi”, – dans l’annexe V précisant la liste des prescriptions médicales que l’IPA est autorisé à renouveler ou à adapter – par la formulation “dans le cadre de sa mention” », précise Jordan Jolys.
Une modification sémantique qui réduirait la capacité des IPA à renouveler les ordonnances, puisque ce droit serait conservé dans le cadre de la seule mention spécifique (pathologie chronique stabilisée, hémato-oncologie, psychiatrie et santé mentale, urgences, et néphrologie/dialyse et transplantation rénale). « Pour nous, c’est une ligne rouge écarlate, sur laquelle on ne cédera pas », prévient le vice-président de l’Unipa, fort du soutien de ses troupes consultées en visio. De fait, 93 % des quelque 850 IPA interrogées se déclarent opposés à cette modification qui limiterait leur possibilité de renouveler les prescriptions. « Restreindre le renouvellement des produits de santé des IPA pourrait entraîner des retards dans la prise en charge et fragmenter le parcours des patients. Le ministère a-t-il vraiment confiance en nous ? », souligne l’Unipa.
Sur le qui-vive
Du côté de Ségur, on s’attache à déminer la situation. « Pour que l’accès direct aux IPA puisse totalement se mettre en œuvre, deux temps fondamentaux sont attendus. Le premier est la prise d’un arrêté qui listera l’ensemble des produits et prestations que l’IPA peut primo prescrire, et le second est celui de la négociation conventionnelle », précise le ministère de la Santé au Quotidien, affichant sa volonté de concerter avant les arbitrages définitifs et la publication de l’arrêté manquant.
À l’Unipa, on reste sur le qui-vive. Sur le fond, les représentants syndicaux s’interrogent sur la volonté gouvernementale de laisser les IPA se déployer en autonomie, sept ans après la création de ce métier et deux ans après l’adoption de la loi Rist « basée sur la confiance aux professionnels de santé » qui leur promettait l'accès direct. « Si on vide la loi de sa substance, alerte Jordan Jolys, le signal envoyé à la profession et à l’accès aux soins serait catastrophique. »
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