THEATRE - « Que faire de M. Sloane ? », de Joe Orton

L’Inquiétude et la farce

Publié le 10/10/2012
Article réservé aux abonnés
1349831841377647_IMG_90752_HR.jpg

1349831841377647_IMG_90752_HR.jpg
Crédit photo : LOT

MORT EN 1967, à 37 ans, assassiné par son amant, Joe Orton est un écrivain britannique dont les pièces farcesques et féroces ont connu un vrai succès en Grande-Bretagne comme en France. Au Théâtre Moderne en 1971, Jacques Mauclair avait monté cette pièce avec Madeleine Robinson, Paul Crauchet, Harry Max, Daniel Colas, et, au Poche, Étienne Bierry a repris deux fois « le Butin », histoire terrible et cocasse.

Dans une traduction nouvelle de Vanasay Khamphommala et dans l’écrin superbe de la Comédie des Champs-Elysées, Michel Fau monte la pièce avec un entrain certain. Mais va-t-il assez loin ? Ne demeure-t-il pas trop à la surface des faits ? N’y a-t-il pas quelque chose de plus pesant et sombre, désespéré même, dans les personnages du frère (Michel Fau) et de sa sœur Kath (Charlotte de Turckheim) ? Dans un pavillon de banlieue, Kath vit avec son vieux père (Jean-Claude Jay). Un jeune homme (Gaspard Ulliel), M. Sloane, vient habiter chez elle. Qui est-il ? Un voyou ? Que veut-il ? Et que lui veulent la sœur et le frère ?Tout finira assez mal… évidemment !

Les interprètes sont épatants et font rire. La misogynie de Joe Orton – tout à fait assumée – atteint des sommets. Les comédiens s’amusent. Charlotte de Turckheim est très sincère et drôle. Jean-Claude Jay discret, Michel Fau compose un personnage dont la solitude devrait nous déchirer – mais, répétons-le, il demeure un peu en surface – tandis que le jeune et très charmeur Gaspard Ulliel impose sa personnalité ambiguë.

Mais, nous semble-t-il, il y avait quelque chose à montrer des liens entre le frère et la sœur, entre le père et le fils – ils ne se parlent plus depuis vingt ans – et plus à creuser dans le personnage de M. Sloane, orphelin, paumé, prêt à tout sans doute…

Demeure une comédie très drôle, efficace, un sommet de très mauvais goût. Le public rit, effaré et content d’applaudir des interprètes de grand talent.

Comédie des Champs-Elysées (tél. 01.53.29.99.19, www.comediedeschampselysees.com), à 20 h 30 du mardi au samedi et à 16 heures le dimanche. Durée : 2 heures sans entracte.

A. H.

Source : Le Quotidien du Médecin: 9172