Les délégations de tâches entre médecins libéraux et autres professionnels de santé ont marqué des points en 2019, provoquant une cascade de polémiques. Si la profession n'y est pas hostile a priori, elle juge que ces transferts sont trop souvent subis, au gré des initiatives parlementaires ou du gouvernement.
La vaccination contre la grippe saisonnière en pharmacie, d'abord expérimentée pendant deux ans dans quatre régions (Auvergne Rhône-Alpes, Nouvelle Aquitaine, Occitanie, Hauts-de-France) sur les personnes majeures visées par les recommandations vaccinales (patients de plus de 65 ans, patients chroniques, femmes enceintes, personnes obèses, professionnels de santé), fait désormais partie des missions des pharmaciens sur l'ensemble du territoire depuis le 1er mars 2019.
Une mesure qui n'a pas manqué d'irriter la profession : en mai, des médecins lançaient une pétition contre la vaccination en officine, dénonçant « une concurrence déloyale à l’encontre des infirmiers et infirmières libéraux ainsi que des médecins généralistes ». Ils pointaient les risques en cas de malaise vagal ou d'effets indésirables. Plusieurs syndicats ont fait valoir que cette vaccination interfère dans la rémunération sur objectifs de santé publique (ROSP) des médecins, puisqu’elle figure au nombre des objectifs en matière de prévention. Le SML a réclamé une obligation formelle de retour d’information au médecin traitant. « Stop au démantèlement sauvage du métier de médecin ! », alertait aussi la CSMF.
La guerre des TROD
Toujours chez les officinaux, un avenant d'octobre 2019 (n°18) les autorise à réaliser, dès 2020, les tests rapides d'orientation diagnostique (TROD) de l'angine en officine. La mesure avait été annoncée en mars par le gouvernement dans le cadre du plan « Priorité prévention ». Deux circuits de prise en charge sont prévus : l'un partant du médecin traitant (pour la réalisation du test en pharmacie), l'autre pour des patients qui se présentent spontanément à l'officine où le test est réalisé (au tarif de 6 euros).
Là encore, la réforme a fait des vagues chez les généralistes, épinglés pour leur faible utilisation de ces TROD angine (seuls 40 % en ont commandé gratuitement en 2017). Le syndicat des Généralistes-CSMF fustigeait une médecine « morcelée au comptoir ». « Nos difficultés démographiques ne doivent pas être un blanc-seing pour dépecer notre exercice. Non à ce saupoudrage de petites faveurs par l’État qui ne servira au final qu’à diviser le monde libéral », indique-t-il. MG France regrettait une démarche qui n'a « pas de sens », le test permettant une éducation des patients sur ce qui relève des antibiotiques. Le SML a même demandé un « moratoire sur les transferts de tâche ».
Pluies de protocoles
Mais ce n'est pas tout. Les paramédicaux ont soudainement obtenu diverses délégations de tâches à la faveur du plan Buzyn pour résoudre la crise des urgences. Les infirmiers pourront demander des bilans biologiques et des examens d’imagerie en cas de traumatismes des membres, orienter les patients vers la ville et suturer des plaies simples. Le même plan prévoit aussi de permettre l’accès direct aux masseurs-kinésithérapeutes en cas d’entorse ou de lombalgie aiguë...
Les infirmiers en pratique avancée (IPA) – qui se déploient déjà en ville – vont également se mettre en place aux urgences pour assurer, sous supervision médicale, l’orientation des patients hors de l’établissement, la coordination avec les médecins traitants ou poser un premier diagnostic.
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