LE QUOTIDIEN : Votre AG élective est prévue le 14 décembre. Êtes-vous à nouveau candidat à la tête du SML ?
Dr PHILIPPE VERMESCH :Oui, je me représente pour un deuxième mandat – qui sera le dernier – car je veux incarner et assurer la stabilité réclamée par les adhérents et les cadres, et qui est aussi importante vis-à-vis des institutions de la santé. Ces huit dernières années, quatre présidents se sont succédé, le SML a été malmené en interne. En 2016, j'ai trouvé un syndicat en errance qu'il a fallu apaiser et remettre au cœur des décisions : on a rejoint la convention médicale, signé l'accord sur les CPTS [communautés professionnelles territoriales de santé], l'avenant 7 sur les assistants médicaux, on est impliqué dans la concertation sur les retraites… Le SML est reconnu. Face aux menaces, je veux l'asseoir comme le syndicat polycatégoriel numéro 1.
Quelles sont ces principales menaces ?
Notre ADN, c'est la défense de l'acte et de l'entreprise médicale libérale. C'est notre combat même s'il faut intégrer les enjeux de la démographie et les aspirations des jeunes. J'identifie plusieurs risques. Côté rémunération, les forfaits, le paiement à l'épisode de soins, ce n'est pas notre truc car c'est du salariat déguisé ! Si la consultation était à 50 euros, nous n'aurions aucun problème de coordination, ni de pénurie ! Le SML défendra aussi fermement le secteur II qui subit une pression indirecte avec les contrats responsables ou l'OPTAM [option de pratique tarifaire].
La deuxième menace, c'est une dérive bureaucratique des CPTS. Le SML défendra toujours une coordination libérale souple. C'est une bonne idée de structurer la médecine de ville mais, avec des CPTS de 300 ou 500 professionnels et des missions à remplir, on risque l'usine à gaz. Je préfère des équipes de soins primaires agiles rémunérées à la coordination sur un bassin de vie. Notre signature de l'accord sur les CPTS ne vaut pas chèque en blanc. J'attends de voir, quand les financements tomberont, ce qui se passera entre les médecins, les pharmaciens, les infirmiers… Il y a des intérêts divergents, des risques de mésentente. Un divorce commence souvent à cause des sous.
Sur les soins non programmés, quelles sont vos revendications ?
Il faut généraliser la régulation libérale pour les urgences non vitales avec le 116 117 et éduquer la population. Nous demandons aussi un intéressement direct des médecins libéraux qui font acte de civisme en réorganisant leurs plannings, avec une majoration de 15 euros pour toute consultation non programmée sur appel de la régulation.
En matière de délégation de tâches, on vous sent très frileux…
Le SML est réticent, j'ai parlé de dépeçage du métier ! Nous ne sommes pas hostiles a priori au fait que d'autres professionnels assument certaines tâches mais à condition que ces transferts ne soient pas imposés par le ministère ou les parlementaires comme pour le TROD ou les vaccinations pour les pharmaciens. On commence déjà à parler de surveillance de la prescription ! Le gouvernement joue la division. Toutes les délégations devraient être négociées par la profession. Les médecins traitants doivent être au courant et honorés pour cette coordination. Or, le schéma actuel c'est qu'on prend des tâches aux médecins et qu'on leur laisse des consultations complexes payées à 25 euros.
De plus en plus de villes ou départements recrutent des généralistes à 5 000 ou 6 000 euros. Quel regard portez-vous sur cette dynamique de salariat ?
Ces initiatives posent plusieurs problèmes. À 6 000 euros net par mois pour 35 heures, sans garde, avec le secrétariat à disposition, qui payera les déficits de ces centres de santé ? Deuxièmement, c'est une forme de concurrence déloyale pour les médecins libéraux sur place. Qui s'installera en face en face de ces centres perfusés à l'argent public ? À terme, ce salariat coûtera cher. Je préfère revaloriser les maîtres de stage pour redonner aux jeunes l'envie de s'installer en libéral.
Êtes-vous rassurés sur la réforme des retraites ?
Pas du tout et cela finira par une mobilisation des libéraux. Nous n'avons aucune garantie, ni sur la gouvernance du système universel, ni sur l'ASV ou nos réserves. Le seul deal qu'on nous propose, c'est la diminution incertaine des cotisations sociales (CSG, CRDS) en contrepartie de l'augmentation des cotisations retraite et avec, à la clé, une diminution de la pension moyenne de l'ordre de 25 à 30 % ! Il faut arrêter : nous ne sommes pas un régime spécial de retraite mais un régime autonome équilibré.
Historiquement, le SML défend les médecins à expertise particulière (MEP). Comment vivez-vous la controverse médicale sur l'homéopathie ?
Je constate que 50 % des Français prennent de l'homéopathie, que ça ne coûte pas cher à la Sécu tout en rendant pas mal de services. Il y a eu clairement un homéo-bashing, remettant en cause leur plaque, leur diplôme et leur compétence. La déontologie a été secouée par quelques centaines de médecins qui peuvent aussi balayer devant leur porte. La preuve scientifique de l'homéopathie, on ne l'aura pas. Mais l'effet placebo existe. Je crains que les quelques économies qu'on fera sur le dos des homéopathes se soldent par des dépenses bien supérieures et une dérive vers tous les « blablapathes », naturopathes et autres vaudous qui prendront ce marché. Avec les homéopathes au moins, on a des médecins.
À un an des élections professionnelles, le syndicalisme médical bouge. Comment combattre la division ?
Ce sera difficile de réunir les syndicats qui représentent une histoire, des hommes et des ego. On va se retrouver aux prochaines élections avec neuf ou dix syndicats et des scores éparpillés… J'aurais voulu supprimer ces élections professionnelles qui donnent la prime aux plus radicaux, trouver une autre forme de représentativité, construire des alliances et changer le financement. Cette rénovation est nécessaire, hélas je suis un peu seul à la porter. Je suis peut-être en avance sur mon temps.
Quatre généralistes font vivre à tour de rôle un cabinet éphémère d’un village du Jura dépourvu de médecin
En direct du CMGF 2025
Un généraliste, c’est quoi ? Au CMGF, le nouveau référentiel métier redéfinit les contours de la profession
« Ce que fait le député Garot, c’est du sabotage ! » : la nouvelle présidente de Médecins pour demain à l’offensive
Jusqu’à quatre fois plus d’antibiotiques prescrits quand le patient est demandeur