LE QUOTIDIEN - Les syndicats de personnel non médical de l’AP-HP, le MDHP, la CME, le président du conseil de surveillance... dénoncent unanimement une nouvelle « saignée » budgétaire en 2013. Comment réaliser 150 millions d’euros d’économie en préservant la qualité des soins ?
MIREILLE FAUGÈRE - Les orientations données aux équipes sont les mêmes que celles des deux dernières années. Il n’y a pas de surprise. Ces 150 millions d’euros ne sont pas des économies. Il s’agit de la différence entre les perspectives d’évolution tarifaire au plan national pour l’année à venir, et les engagements de retour à l’équilibre ayant fait l’objet d’un accord avec l’État. Cette différence représente l’effort collectif que l’AP-HP doit réaliser.
Cet effort pourra être revu si nous obtenons des tarifs plus favorables que nos hypothèses. Et si nos missions spécifiques sont correctement rémunérées [la dotation MIGAC de l’AP-HP s’est élevée à 1,22 milliard d’euros en 2012]. À ce stade, il n’est par exemple pas prévu de reconduire les 10 millions d’euros reçus en 2012 par l’AP-HP pour prendre en compte la précarité de la patientèle. Cela fera l’objet d’une discussion avec nos tutelles.
Chaque année, nous devons revoir nos organisations, notre niveau d’activité, notre politique d’achat. C’est cela qui est difficile pour les équipes. Après la convergence tarifaire entre hôpitaux publics qui a représenté un effort énorme pour l’AP-HP entre 2007 et 2011, puis la mauvaise nouvelle de l’AME [en 2012, l’AP-HP a perdu une aide de 40 millions d’euros pour la prise en charge des patients étrangers], nous débutons l’année 2013 avec un contexte économique qui n’est bon pour personne.
Il est très important que nous tenions nos engagements, et c’est ce que nous avons fait depuis trois ans. En 2012, nous sommes revenus au plein-emploi infirmier et nous avons terminé l’année comme prévu, avec un peu plus de 70 millions de résultat négatif sur le compte principal, et une quarantaine de millions d’euros de résultat négatif sur le compte global.
Concrètement, où seront « pris » ces 150 millions d’euros ?
Il faut augmenter l’activité et maîtriser les charges. Je ne fixe pas d’objectif global. C’est à chaque groupe hospitalier d’être responsable, et de faire des propositions. Je n’ai aucun a priori. Je demande simplement que cela soit raisonnable. Nous avons des marges sur le développement de la chirurgie ambulatoire, les maternités ont également un potentiel. L’activité est dans les mains des médecins, la dynamique locale compte beaucoup. Il faut être lucide sur la démographie médicale, et ne pas oublier que nous sommes en difficulté en anesthésie réanimation. Nos 88 blocs opératoires sont trop dispersés, il faut les mutualiser. On ne fait bien que ce que l’on fait souvent avec une équipe robuste. Un groupe de travail piloté par la CME y réfléchit.
Pour limiter cette course à l’acte permanente, ne faut-il pas revoir le modèle T2A en profondeur ?
À la mission Couty, nous l’avons tous dit : il faut sortir du tout T2A qui a mis en difficulté nos partenariats et qui rémunère mal le temps nécessaire au soin. Il faut éviter les injonctions paradoxales : une logique uniquement concurrentielle ne permet pas d’organiser correctement le soin sur le territoire. Il faut donc trouver un équilibre entre la maîtrise les dépenses et le rôle confié à l’hôpital public.
Les syndicats de personnel se plaignent régulièrement de la mauvaise qualité du dialogue social à l’AP-HP. Que leur répondez-vous ?
Je dirais que le dialogue social est nourri, sincère, et que les sujets ne sont pas évités. Le nombre important de réunions en CHSCT et en CTE, à la fois au niveau central et local, le prouve. 2013 sera l’année d’un travail très approfondi sur les cadres, pour que chacun se sente à l’aise dans ses responsabilités. Le travail à l’échelle du pôle est très important, cela influe sur le ressenti des gens. Nous insistons beaucoup auprès des chefs de pôle pour que le temps passé à la communication soit suffisant.
La gouvernance centrale de l’AP-HP vient d’être révisée. La voix du président de la CME portera-t-elle davantage ?
Nous sommes arrivés à l’automne à un bon équilibre de gouvernance. Après, il faut que les personnes aient envie que cela fonctionne, et je pense que c’est notre cas, au Pr Capron et moi-même. Nous sommes mus par le même objectif de service public hospitalier. Nous nous sommes organisés de manière plus claire, nous avons trouvé un meilleur équilibre pour instruire les dossiers et décider en binôme, le président de la CME et moi-même. Le président de la CME est doté d’un cabinet pour travailler sur ses dossiers.
Comment se profile la transformation de l’Hôtel-Dieu ?
Le projet est en marche. Je concerte, j’écoute et je négocie sur beaucoup de sujets avec tous les partenaires, et notamment les médecins généralistes sans lesquels nous ne réussirons pas. Nous discutons avec l’URPS et les syndicats médicaux. Jamais un CHU n’a mené un tel projet ambulatoire et universitaire, je sens bien que cela étonne. Dans un moment de tension, chacun a tendance à se crisper sur son savoir faire historique. Osons nous mettre sur un positionnement très novateur. J’ai la conviction que c’est juste, stratégique, mais j’ai conscience que nous devons emmener nos partenaires, et les généralistes au premier chef. Je souhaite être modeste mais inspirée sur le sujet.
Le modèle économique de cette nouvelle médecine doit être inventé, de façon à rémunérer correctement la consultation longue, l’éducation thérapeutique, le dépistage, la prévention... La CME demande que ce projet ne pèse pas sur les comptes de l’AP-HP. Il faut que nous ayons l’assurance d’être accompagnés sur le budget d’exploitation et sur l’investissement.
Parallèlement, nous travaillons à la réorganisation des urgences au centre de Paris. Il faut ouvrir une maison médicale ouverte 24H/24 à l’Hôtel-Dieu, créer un SMUR H24. Les urgences médico-administratives devraient a priori rester à l’Hôtel-Dieu. Mon souhait, c’est que le nouvel Hôtel-Dieu fonctionne dès la fin de l’année ou le début de l’année prochaine.
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