ON NE REPROCHERAIT PAS à M. de Villepin son acrimonie systématique si, en militant dans l’opposition, il ne cherchait surtout à se protéger contre des poursuites judiciaires consécutives à une plainte de Nicolas Sarkozy dans la très sombre affaire Clearstream. Avant d’être élu président, M. Sarkozy a estimé qu’il était victime d’un complot visant à faire croire qu’il possédait des comptes en banque à l’étranger. Il a en a conçu une indignation si profonde qu’à ce jour il n’a pas songé à retirer sa plainte. Il sait que le procès qui s’ouvre en septembre et dans lequel Dom
inique de Villepin répondra d’une accusation grave, à savoir qu’il a laissé la rumeur des comptes en banque se répandre bien qu’il eût la preuve du contraire.
Élégant et éloquent.
L’ancien Premier ministre dément cette allégation de toutes ses forces. Comme on ne peut pas l’interroger indéfiniment sur ce sujet, d’autant que la justice fera son uvre, on n’est pas fâché, sur les plateaux de télévision, de le faire parler sur Sarkozy et son mode de gouvernement. Poète et écrivain, élégant et éloquent, Dominique de Villepin est on ne peut plus sympathique. Libéré de ses anciennes tâches, il livre dans les médias des points de vue qui ne manquent ni d’intelligence ni d’humour. Il est, de tous les points de vue, l’antithèse de Nicolas Sarkozy. Au volontarisme agressif du président, il oppose la fougue et le panache qui lui ont si bien réussi quand, avec Jacques Chirac, il s’est opposé, en tant que ministre des Affaires étrangères, à l’invasion de l’Irak par les forces américaines.
C’est assez dire que les Français, qui ne comprennenLt rien à l’affaire Clearstream et ne parviennent pas, en observant et en écoutant le personnage, à croire qu’il n’ait pas eu une morale assez ferme pour rejeter avec mépris les actes dont il est accusé, le verraient bien reprendre du service, et dans des fonctions très élevées. L’ancien chef du gouvernement n’a pas caché, récemment, qu’il songeait à se présenter à la magistrature suprême. Ce ne serait pas un mince accomplissement dans tous les cas et, dans ce cas singulier, ce serait un tour de force, dans la mesure où M. de Villepin n’a même pas, au cours de sa carrière, par ailleurs impressionnante, brigué ne fût-ce qu’un poste de conseiller municipal. Encore faut-il qu’il sorte de son procès sans la moindre égratignure, mais, s’il y parvient, il aura beau jeu de dire qu’il a été accusé à tort et que, pour le coup, c’est son honneur qu’on a essayé d’atteindre. Ce qui lui accorderait un atout de plus au cas où il serait candidat.
On ne manquera pas de dire que M. Sarkozy s’y entend à merveille pour ce qui est d’accumuler les inimitiés. Dans le discours qui dénonce en lui un grand « diviseur », il n’y a rien d’excessif. Mais en même temps, comment ne serions-nous pas lassés par des gens dont le seul dénominateur commun est la haine de Sarkozy et qui, en guise de programme, nous racontent à longueur de journée que celui du pouvoir est le pire ? On décèle dans ces déclarations, dans ces livres, l’un plus dévastateur que l’autre, dans ces analyses dont la suprême subtilité se borne à récuser ce qui est fait, non seulement une faiblesse de l’imagination mais une profonde vacuité intellectuelle. La vérité est que si les Royal, les Aubry, les Bayrou, les Villepin savaient ce qu’ils feraient à la place de M. Sarkozy, ils ne feraient rien de très différent. Ce sont les autres qui proposent une alternative, les trotskistes, les communistes et peut-être les Verts, mais leur programme est une aventure dont les précédents ont démontré de manière définitive qu’elle est le plus court chemin vers le malheur.
Quelques casseroles.
Dans la catégorie des personnages qu’inspirent la social-démocratie ou le gaullisme social, M. de Villepin est le plus mal loti. Il n’a pas les vulgarités du président, mais il traîne quelques casseroles; nous ne faisons pas allusion ici à Clearstream, mais à la dissolution de 1997 dont il a été, avec Alain Juppé, l’artisan et qui aura été pour la droite un désastre d’autant plus irrémédiable qu’il aurait pu être évité par la simple passivité. Quand il affirme qu’il comprend les Français, leur colère, leur rancur, leur peur, le sentiment qu’ils ont d’avoir été floués par un homme qui a fait plus de promesses qu’il ne leur apporte de résultats, on se permet de lui rappeler (ce que l’on ne fait guère à la télé ou à la radio) qu’il a été, avec le CPE, l’homme qui, par son entêtement, a su faire sortir dans la rue une foule proche de déclencher une révolution. Cela devrait suffire à le calmer un peu et à lui interdire de proclamer, comme il le fait avec un manque peu présidentiel du sens des responsabilités, que le pays est « en situation pré-révolutionnaire ». Si l’on était superstitieux, l’on dirait que les prédictions de chaos seront conjurées par leur multiplicité.
Certes, si vous êtes poursuivi par la justice, vous n’allez pas faire de cadeaux à l’homme en partie responsable de vos soucis. Mais le raffinement apparent ne cache-t-il pas une âme plus sombre ? S’il est vrai que Dominique de Villepin peut réunir autour de son nom ceux qui, dans la majorité, sont désignés comme villepinistes ou chiraquiens, s’il est vrai qu’il peut tirer un certain avantage de la nostalgie un peu facile que suscite M. Chirac chez ceux qui n’ont pas compris que la crise a tout changé, il sera jugé, au moment de se lancer dans la bataille, sur les erreurs du passé et, lui aussi, quoi qu’il en pense, sur son caractère.
VILLEPIN NE PEUT PAS NOUS GARANTIR QU’IL SERAIT PLUS RESPONSABLE QUE SARKOZY
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