À quoi doit concrètement ressembler une action « d'aller vers », tant encouragées lors de la crise liée au Covid, pour tenter de réduire les inégalités d'accès aux soins ? Et à qui s'adresse-t-elle ? L'étude VEDA (vaccination en distribution alimentaire) menée par l'observatoire du Samusocial de Paris, et publiée dans le « Bulletin épidémiologique hebdomadaire », trace le portrait des bénéficiaires, en même temps qu'elle donne les conditions d'une intervention efficace. À commencer par un couplage entre accès aux soins et à l'alimentation.
En octobre 2021, un quart des précaires (voire 50 % en Île-de-France) n'avaient même pas reçu une seule dose de vaccin anti-Covid, alors que 90 % de la population générale était immunisée à deux doses. Le Samusocial de Paris prend alors l'initiative d'installer, jusqu'en mars 2022, un dispositif de vaccination une à deux fois par semaine, près d'un lieu de distribution alimentaire, porte de Vanves (ouest de Paris), et porte de la Villette (Nord). « La distribution alimentaire à la porte de la Villette est aussi un lieu de vie dans la journée, comptant une fréquentation quotidienne de plus de 500 personnes, et propose des services annexes (cours de français, aide aux démarches administratives et permanence hebdomadaire médicale de Médecins sans frontières) », précisent les auteurs.
Une enquête a été proposée à toutes les personnes vaccinées entre décembre 2021 et mars 2022 : 447 personnes ont répondu.
Le poids de la grande précarité
C'est de facto un public vivant dans une extrême précarité et n'ayant pas recours à des soins, même gratuits et inconditionnels comme l'est la vaccination Covid, que le Samusocial de Paris a touché. Le profil type était un homme, de 26 à 40 ans, sans enfant, avec un niveau d'études secondaires, sans ressources financières régulières ni logement. Plus de 90 % des personnes interrogées sont nées hors de France (Afghanistan, Algérie, Côte d’Ivoire, Tunisie, Bangladesh). Un tiers était arrivé depuis moins d'un an. Près de la moitié n'avait pas de titre de séjour, et à peine plus (53 %) bénéficiaient d’une couverture médicale (40 %, la Protection universelle maladie (Puma) et 13 % l’AME). À noter : même après trois années passées en France, 44 % des personnes éligibles à l'AME n'activaient pas leurs droits.
Près d'un quart (23 %) des répondants présentait au moins un facteur de risque de forme grave de Covid-19 ; près de 10 % étaient en situation d'obésité et près de 15 % souffraient d'au moins une pathologie chronique (souvent, l'hypertension).
Près d'un quart des personnes interrogées déclarait avoir déjà eu le Covid. Chez les primo-vaccinés, cette proportion tombait à 6 %… Mais en réalité, au moins 38 % des Trod étaient positifs, attestant d’une infection préalable, généralement asymptomatique.
Un recours tardif à la vaccination
Les personnes souhaitaient se faire vacciner pour se protéger de la maladie (à 46 %) et/ou avoir le passe vaccinal, afin de travailler, se rendre à l’hôpital, voyager ou assister à des cours de langue (52 %).
Environ 18,5 % des personnes mentionnaient avoir rencontré des difficultés pour se faire vacciner. Principalement, elles ne savaient pas où se rendre (7,8 %). Ce qui, avec les autres facteurs précédemment cités, explique le délai à se faire vacciner : 35,8 % des personnes interrogées avaient initié leur schéma vaccinal après le 1er décembre 2021, alors que c’était le cas de seulement 4 % des habitants du 19e arrondissement de Paris. Les auteurs identifient comme déterminant associé à un tel retard le fait d'avoir moins de 40 ans, de vivre dans la rue, en squat ou en campement, de ne pas avoir de couverture médicale et de ne pas connaître ce lieu.
« Notre étude montre la faisabilité et l’efficacité d’un dispositif conjoint d’accès aux soins et à l’alimentation pour toucher les personnes particulièrement éloignées de la vaccination, illustrant son intérêt dans le cadre d’une stratégie d’aller vers », lit-on. Les auteurs insistent sur l'importance de la régularité de l'opération et la présence d'interprètes pour lever les dernières réticences à la vaccination. Ils concluent sur la nécessité d'une sensibilisation du droit commun aux problèmes d'accès aux soins de ces personnes vulnérables (via l'interprétariat, ou l'aide pour les démarches en ligne), démarche complémentaire au développement de l'aller-vers.
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