La publication, début avril, des chiffres de la mortalité par l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) avait déjà fait apparaître une importante surmortalité liée au Covid-19 en Seine-Saint-Denis, département le plus jeune, mais aussi le plus précaire de France métropolitaine. Le constat est confirmé par l’Observatoire régional de santé (ORS) d’Ile-de-France dans une étude mettant en évidence des disparités locales, liées à des facteurs socio-démographiques et urbains, sanitaires ou liés à l'emploi.
Une hausse des décès de 118,4 % en Seine-Saint-Denis
À partir de données provisoires, l’ORS a recensé les décès domiciliés (rapportés au lieu de vie du défunt) entre le 1er mars et le 10 avril 2020 et les a rapportés aux décès observés sur la même période en 2019. Ce travail révèle une surmortalité particulièrement marquée en Seine-Saint-Denis (+ 118,4 %), de même que dans les autres départements denses de la région (+101,5 % dans les Hauts-de-Seine, +94,1 % dans le Val-de-Marne et +92,6 % à Paris).
À l’intérieur même de la Seine-Saint-Denis, des disparités sont observées selon les intercommunalités. Sur la période, la surmortalité observée est moins marquée dans les territoires à faible densité de population et à l’inverse plus marquée dans les zones plus denses. « L’intérêt de l’étude est de caractériser la surmortalité sur des territoires restreints, à un niveau infra-départemental, et de mettre ces résultats en regard avec les variables socio-économiques et d’urbanisation », commente, pour le « Quotidien », Isabelle Grémy, directrice de l’ORS Ile-de-France.
Certaines populations apparaissent ainsi plus exposées au risque de contamination par l'infection Covid-19. « Avoir des conditions de logement difficiles, avec plus de personnes dans moins de mètres carrés, vivre dans un habitat collectif avec des parties communes, espace potentiel de transmission, sont des facteurs de risque », souligne Isabelle Grémy.
Des « travailleurs clés » exposés à la contamination
Le statut professionnel et la nature des emplois apparaissent également déterminants. Les « travailleurs clés » (soignants, forces de l’ordre, caissières, livreurs, personnel de nettoyage) qui ont poursuivi leur activité, sans télétravail et en prenant les transports en commun, sont « largement représentés en Seine-Saint-Denis », notent les auteurs de l’étude. Alors que ces « travailleurs clés » représentent 9 % des actifs franciliens, ils comptent pour 12 % des salariés du département.
Enfin, les populations les plus socialement défavorisées ont aussi un état de santé plus mauvais et une espérance de vie plus courte que la moyenne de la population. « En Île-de-France, il y a 7 à 8 ans de différence d’espérance de vie d’un canton à l’autre, selon la typologie des territoires, plus ou moins aisés », rappelle Isabelle Grémy. Ces populations souffrent davantage de maladies chroniques comme le diabète et l’obésité, qui sont des facteurs de gravité du Covid-19.
« Le cumul de l’ensemble de ces facteurs (urbanisation, densité, conditions de logements, caractéristiques démographiques et sociales des ménages, état de santé des populations et exposition professionnelle) rend les populations défavorisées plus susceptibles à la fois d’être contaminées par le Covid-19 et de développer une forme grave », s’alarme la directrice de l’ORS.
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