QUOI QUIL EN DISE, Nicolas Sarkozy, dans cette affaire, est visiblement gêné aux entournures. La crise a bousculé énormément de convictions, de certitudes et de méthodes. Le président a conçu sa politique économique sur une base optimiste de la croissance mondiale. Son fameux bouclier fiscal n’avait pour but que de rapatrier quelques grosses fortunes et devait participer à la « libération » des forces du marché. Il n’était nullement excessif en 2007 de limiter à 50 % la part des revenus qu’une personne devait payer à l’État.
Il aurait été d’ailleurs judicieux, sinon politiquement correct, de supprimer purement et simplement un impôt sur la fortune économiquement archaïque, injuste quand la fortune n’est que le vestige d’une époque révolue sous la forme d’un appartement très ancien, et socialement inefficace. Et de le remplacer par une hausse des impôts sur les tranches les plus élevées. D’autant que l’ISF est le troisième impôt sur le revenu : le premier frappe le salaire, le second taxe l’épargne et quand le détenteur d’une épargne (ou de gros capitaux) a fini de payer ces deux premiers impôts, il doit en payer un troisième avec l’ISF. Une triple taxation sur le même revenu. À vous dégoûter de gagner de l’argent. Néanmoins, quand le bouclier fiscal se traduit par le reversement de sommes considérables payées au titre de l’impôt et des prélèvements sociaux à des personnes plus que nanties, alors que des milliers d’ouvriers perdent leur emploi, le choc psychologique est désastreux pour ceux qui conduisent une telle politique.
Abolir les bonus et les stock-options.
Le chef de l’État, en dépit de ses discours exceptionnellement agressifs à l’égard des patrons dits voyous, n’est pas vraiment décidé à leur faire rendre gorge. Beaucoup d’entre eux sont ses amis personnels ; il a une certaine admiration pour la réussite en affaires et il en rêve pour la période qui suivra sa carrière politique, dans trois ans ou dans huit ans ; il a poussé la fascination pour l’argent jusqu’à la faute de goût. Viscéralement, il n’est donc pas le mieux placé pour combattre les abus scandaleux auxquels se sont livrés nombre de P-DG, avec un cynisme surprenant en ces temps où tout le monde est sous surveillance et où la misère se répand. Franchement, on ne voit pas pourquoi les bonus, les stock-options et les parachutes dorés existent. Tout employé mérite un salaire et un employé dirigeant mérite un gros salaire. Le commun des mortels ne comprend pas pourquoi il faut ajouter au salaire un bonus et des stock-options ni pourquoi, quand un P-DG ne fait plus l’affaire, il doit partir sur un pont d’or. Le salaire devrait suffire à rendre compte de tous les paramètres compliqués qu’on a inventés pour rémunérer le dirigeant, et surtout pour que son revenu échappe à l’impôt, justement parce que sa compensation est élevée, alors qu’on trouve tout naturel qu’un salarié moins bien payé doive, lui, le payer.
M. Fillon eût été infiniment plus convaincant si’il avait tout simplement aboli les formes de rémunération extérieures au salaire, lequel a le mérite de subir tout le poids de la fiscalité. Si le gouvernement continue à menacer au lieu de passer à l’acte, c’est parce qu’il ne veut pas dégoûter les dirigeants d’entreprise, susceptibles de trouver un emploi à l’étranger, même si tous les P-DG français ne peuvent pas se recaser en dehors de l’hexagone. Par rapport au fracas que les bonus et autres compensations ont entraîné, la politique de MM. Sarkozy et Fillon est bien timide, elle est lente et extrêmement prudente. On notera, à leur décharge, qu’ils n’ont pas envie de transformer les patrons en martyrs ni de faire une loi qui ne viserait qu’un petit nombre de personnes et risque d’ailleurs d’être en contradiction avec la Constitution.
L’exemple américain.
Malheureusement, ils doivent compter avec le harcèlement de la gauche, le sentiment d’injustice que crée le chômage et le harcèlement incessant de la gauche. D’autant que, comme le répète l’opposition, aux États-Unis, modèle du libéralisme, Barack Obama n’hésite pas à adopter une taxation confiscatoire (90 %) sur les bonus et autres avantages, lance des ultimatums à General Motors et à Chrysler pour qu’elles se réforment, largue sans autre forme de procès le P-DG de GM, Rick Wagoner, prend le peuple à témoin des comportements scandaleux, comme ces dirigeants d’AIG qui se sont versés des bonus après avoir reçu une aide énorme (quelque 180 milliards de dollars) de l’administration.
On dira, pour montrer que les situations ne sont pas si dissemblables des deux côtés de l’Atlantique, que les P-DG, voyous ou non, ne sont pas à la noce en France, que Christian Streiff, ex-P-DG de Peugeot, vient de perdre son job, que le tollé populaire est comparable dans les deux pays. Cette émotion n’est pas nécessairement bonne conseillère, ni ici, ni là-bas. Mais elle constitue un élément d’appréciation politique que MM Sarkozy et Fillon ne doivent pas négliger. Aujourd’hui, c’est haro sur les patrons ; demain, peut-être en ira-t-il différemment, pour autant qu’il y ait un lever de soleil au bout de cette longue nuit.
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