De nombreuses incertitudes demeurent sur le variant Omicron, signalé pour la première fois au Botswana avant d'être détecté en Afrique du Sud, qui en a fait l'annonce le 25 novembre. Mais de premiers éléments permettent de cerner un peu mieux les caractéristiques de ce variant au nombre inédit de mutations, dont plus de 30 au niveau de la protéine Spike.
Omicron est « manifestement plus contagieux », mais « pas plus dangereux » que Delta, estimait le ministre de la Santé, Olivier Véran, à l’issue du Conseil de défense du 6 décembre. « S'il se met à circuler beaucoup, on aurait des contaminations plus importantes encore qu'avec le variant actuel, ce qui veut dire que, proportionnellement, on finirait par avoir quand même beaucoup de formes graves », a-t-il jugé.
Une transmissibilité accrue par rapport à Delta
Selon le Pr Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique Covid-19, auditionné au Sénat ce 8 décembre, la transmissibilité « élevée » d’Omicron peut être le résultat d’une contagiosité (taux de reproduction) « très élevée », selon les informations transmises par les autorités sud-africaines, et/ou d’une baisse de sensibilité à l’immunité naturelle ou acquise.
En revanche, il n’y a « pas de signe » que ce variant provoque des formes plus graves de la maladie. Omicron semble associer à une « gravité comparable » à Delta, mais présente peut-être des « formes cliniques différentes » avec « moins d’atteintes respiratoires », indique l’immunologiste, restant prudent au vu des caractéristiques de la propagation en Afrique du Sud, où la population est plus jeune et peu vaccinée.
Pour l'instant, tous les cas documentés en Europe sont « soit sans symptôme soit légers », a indiqué le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC). Mais Omicron pourrait toucher « plus les enfants », selon le Pr Delfraissy, qui souligne que ceux hospitalisés en Afrique du Sud ne présentent pas de formes graves.
Le Dr Anthony Fauci, conseiller de la Maison-Blanche, évoque également une virulence similaire, voire moindre, par rapport à Delta. « Le comportement général que nous observons jusqu'à présent ne montre aucune augmentation de la sévérité. De fait, certains endroits en Afrique australe font état de symptômes plus légers », a-t-il relevé.
Des données rassurantes de Pfizer et BioNTech
Le responsable des urgences de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), le Dr Michael Ryan, rappelle quant à lui, dans un entretien à l'AFP, les données présentées par la division Afrique de l’OMS sur des réinfections « plus fréquentes avec Omicron qu'avec les vagues ou les variants précédents ». Dans une étude en prépublication, des chercheurs sud-africains avancent l'hypothèse d'une capacité d'Omicron « à échapper à l'immunité acquise par une infection antérieure ».
Malgré cet échappement, les discours sont rassurants sur l’efficacité des vaccins. « Il n'y a aucune raison de douter » que les vaccins actuels protègent contre les formes sévères liées à Omicron, a estimé le Dr Ryan, jugeant « fort improbable » qu’il échappe totalement à la protection des vaccins.
Les laboratoires Pfizer et BioNTech ont d’ailleurs annoncé ce 8 décembre que leur vaccin était « toujours efficace » après « trois doses ». « Une troisième dose fournit un niveau d'anticorps neutralisants contre Omicron similaire à celui observé après deux doses » pour les autres variants, ajoutent les laboratoires, jugeant qu’Omicron n'est « probablement pas suffisamment neutralisé après deux doses ». L’élaboration d’une formule spécifique au nouveau variant est en cours et pourrait être disponible « d’ici mars », lit-on dans le communiqué. Pour le Pr Delfraissy, une quatrième dose pourrait ainsi être nécessaire « à un moment donné ».
En dépit de ces incertitudes, Omicron a déjà provoqué un vent de panique mondiale, notamment en Europe, en pleine cinquième vague liée au variant Delta. Le 7 décembre, la Commission européenne a appelé les États membres à coordonner leurs restrictions de circulation face à la flambée du Covid-19 et aux inquiétudes suscitées par Omicron, leur demandant une nouvelle fois d'accélérer les campagnes de vaccination.
Face à la vague Delta, le président du Conseil scientifique prédit une « période difficile à passer », invitant notamment les Français à limiter leurs interactions sociales et à se faire tester avant les fêtes. Sans ces efforts, des « mesures plus lourdes » seront nécessaires, avertit-il. À cet égard, les meetings électoraux ne sont pas « raisonnables », a-t-il jugé.
C’est « l’ensemble de la boîte à outils » qu’il faut mobiliser (vaccination, dose de rappel, gestes barrières, télétravail, etc.), a-t-il martelé. Les prévisions publiées en début de semaine par l'institut Pasteur montrent que le respect des gestes barrières permettrait de réduire considérablement le pic des hospitalisations prévu pour le début de 2022. « Il n'y a pas de solution miracle, il y a une série de petits progrès qu'on peut faire », souligne le Pr Delfraissy, estimant qu’il « faut s’habituer à des vagues de variants successifs ».
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