Mettre en œuvre le peau à peau immédiatement après la naissance (méthode kangourou), sans passage préalable en couveuse : à l'occasion de la Journée mondiale de la prématurité ce 17 novembre, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) rappelle l'importance du peau à peau pour améliorer la survie des enfants nés prématurément (avant 37 semaines de grossesse) ou avec un faible poids de naissance (moins de 2,5 kg).
Chaque année, 15 millions d’enfants dans le monde naissent prématurément, soit plus d’une naissance sur dix, et plus de 20 millions d’enfants présentent un faible poids de naissance, un nombre en augmentation. La prématurité est la principale cause de décès chez les enfants de moins de 5 ans, avec des chances de survie très différentes selon les lieux de naissance (moins de 10 % dans les pays les plus pauvres).
« Ces nouvelles lignes directrices montrent que l’amélioration des perspectives pour ces minuscules nourrissons ne consiste pas toujours à fournir les solutions les plus sophistiquées, mais plutôt à garantir l’accès à des soins de santé essentiels centrés sur les besoins des familles », résume Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l'OMS. Alors que les précédentes recommandations de 2015 invitaient à séparer le nouveau-né le temps de le stabiliser dans une couveuse (3 à 7 jours en moyenne, en pratique), les recherches confirment que la mise en œuvre de la « méthode kangourou »*, qui associe portage et allaitement maternel exclusif, immédiatement après la naissance, permet de réduire les infections et l'hypothermie. « La première étreinte avec un parent n’est pas seulement importante sur le plan psychologique, elle est aussi absolument essentielle pour améliorer les chances de survie et la santé des nouveau-nés de faible poids de naissance et des prématurés », affirme la Dr Karen Edmond, médecin en charge de la santé des nouveau-nés à l’OMS.
Prise de conscience grandissante en France
« En France, depuis une dizaine d'années, les centres ont pris conscience de l'importance de limiter le plus possible la séparation parents-enfants, et de mieux impliquer les premiers comme partenaires de soins », comme le Pr Cyril Flamant, chef de service de la réanimation et médecine néonatale au CHU de Nantes, et responsable de la commission scientifique de la Société française de néonatalogie (SFN).
Sur le terrain, si les pratiques diffèrent entre les centres, du fait de leurs formations et parfois architectures, des initiatives émergent pour favoriser le portage kangourou - recommandé par la SFN même chez les nouveau-nés les plus vulnérables. Par exemple, le CHU de Nantes propose un fauteuil de transport adapté permettant au conjoint de transporter l'enfant - quels que soient son état de santé, son poids, son terme et son support ventilatoire - en peau à peau, de la salle de naissance à une unité d'hospitalisation. Un dispositif utilisé dans plus de 80 % des cas, selon le Pr Flamant. Et repris et généralisé par l'association SOS Préma.
Le CHU a aussi aménagé, avec l'école d'architecture de Nantes, une chambre de réanimation comprenant un espace dédié pour les parents avec canapé, frigidaire, penderie, pour qu'ils se sentent presque comme chez eux. « Une réflexion globale se développe à l'échelle de la France pour mieux accueillir les parents d'enfants prématurés, car on sait, études à l'appui, que leur implication est un facteur pronostic capital », explique-t-il.
La couveuse reste indispensable
Pour autant, le peau à peau ne pourra jamais se substituer intégralement à la couveuse, et la séparation est parfois inéluctable, quand l'enfant doit être pris en charge immédiatement après la naissance dans une salle à côté tant son pronostic vital est engagé. « Mais on essaie de faire rentrer le parent rapidement », ajoute le Pr Flamant.
Recourir à la couveuse chez les extrêmes prémas est parfois encore indispensable pour lutter contre l'hypothermie et surtout, la déperdition hydrique. « Le prématuré a peu de graisse, il a un pannicule adipeux très fin avec beaucoup d'évaporation contre laquelle il faut lutter, sinon il se déshydrate. »
Dans ces cas, « on cherche à organiser les soins en fonction des parents et de l'enfant : les horaires s'adaptent en fonction de la capacité du prématuré et de la disponibilité des parents », décrit le Pr Flamant.
Enfin, certains enfants peuvent être déstabilisés par le peau à peau, en termes de fréquence cardiaque (bradycardie) ou désaturation, de même que les parents, qui peuvent avoir peur. Et la SFN d'insister sur une « organisation adéquate de l’équipe de soin et un environnement soutenant pour les parents et l’enfant ». « On ne force jamais les parents, tout comme pour l'allaitement maternel qu'on promeut, sans contraindre », résume le Pr Flamant.
L'OMS recommande en effet, dans ses nouvelles lignes directrices, l'allaitement maternel (ou du lait maternel provenant d'une donneuse), et la mise en œuvre d'un soutien psychologique et financier accru pour les parents du nouveau-né.
* À ne pas confondre avec les Unités Kangourous, qui offrent une double prise en charge de la mère et de l'enfant pour favoriser le lien mère-enfant.
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