Alors que le terme « prévention » apparaît désormais dans l’intitulé du ministère de la Santé et que trois consultations dédiées vont être proposées aux âges clés de la vie (20-25 ans, 40-45 ans et 60-65 ans), la politique française en la matière affiche, selon un rapport de la Cour des comptes, un « bilan médiocre ». Et ce malgré un budget similaire aux pays comparables, a rappelé le Pr François Alla, professeur de santé publique et responsable du service d’innovation en prévention du CHU de Bordeaux, en ouverture de deux tables rondes du colloque annuel de la Fondation Pileje, organisé à Paris ce 7 décembre.
En France, persiste selon lui l’idée que la prévention est un choix individuel et que l’information délivrée aux patients est suffisante pour motiver leurs choix. Or, la prévention doit prendre en compte les « déterminants de la santé » partout, au travail, à l’école, etc. Et c’est « là qu’il faut agir », avec « des moyens, des outils, mais aussi des infrastructures », juge le Pr Alla. À Bordeaux, « plus de 10 % de la population réalisent ses trajets domicile-travail à vélo », témoigne-t-il. C’est le résultat d’un climat et d’une géographie favorables, mais aussi d’une « politique offensive d’aménagement de pistes cyclables ».
La prévention apparaît ainsi comme un délicat équilibre entre démarche individuelle et volonté collective. C’est aussi un « état d’esprit qui doit nous imprégner progressivement », estime le Dr Jean-Michel Lecerf du service Nutrition et Activité Physique de l’institut Pasteur de Lille.
Une population plus sensible aux enjeux de la prévention
Cette imprégnation semble à l’œuvre dans la population. Les résultats d’un récent sondage mené par Odoxa en France et en Europe révèlent qu’une majorité des Français sondés considère désormais la prévention « plus efficace que le soin ». En trois ans (depuis l’édition 2019 de l’enquête), la connaissance de ce que recouvre le concept de « prévention santé » s’est améliorée : 64 % des sondés assurent aujourd’hui le connaître (+19 points en trois ans) et 9 sur 10 sont informés des huit principaux « bons comportements » de santé testés dans l’étude (sur l’alcool, le tabac, le sommeil, la nutrition, etc.). « C’est un véritable virage », commente Gaël Sliman, président et fondateur d’Odoxa. Mais si les Français se disent prêts à participer aux actions de prévention (vaccination, bilan régulier, dépistage), la démarche reste minoritaire, poursuit-il, soulignant une « marge de progression considérable ».
À cette prise de conscience doit s’ajouter un accompagnement de la population. « Sur le temps des écrans des enfants par exemple, il faut être en mesure de proposer des alternatives aux familles, avec des espaces extérieurs. C’est une question de politique publique », souligne le Pr Alla. Cet accompagnement est d’autant plus nécessaire que la France se trouve à un tournant « inquiétant ».
Si la santé des Français s’améliorait depuis les années 1950, des tendances préoccupantes émergent : l’espérance de vie en bonne santé stagne, voire régresse, et la mortalité infantile augmente, tout comme la prévalence des troubles de la santé mentale ou les problèmes de surpoids et d’obésité, énumère le professeur de santé publique.
Proximité et personnalisation, clés du succès
Pour traduire dans les faits la prise de conscience des Français, il est nécessaire de miser sur la proximité, « une des clés » d’une prévention réussie, selon le Pr Alla. « Quand un tabacologue est présent dans un établissement scolaire, on double le taux d’arrêt des jeunes », cite-t-il en exemple, préconisant par ailleurs de mieux évaluer les mesures mises en place : « alors que 90 % des actions sont inefficaces, un virage scientifique est nécessaire », plaide-t-il.
Un autre champ de la prévention, le dépistage des cancers, a aussi été analysé par les experts réunis par la Fondation Pileje. Alors que les taux de participation aux programmes de dépistage organisé du cancer restent insuffisants, des approches complémentaires sont à l’essai. À Gustave Roussy, le programme Interception vise à personnaliser le dépistage du cancer du sein, le seul critère de l’âge n’étant pas toujours adapté.
Ce programme repose sur plusieurs « piliers », explique le Dr Olivier Caron, chef du comité génétique à Gustave Roussy. Après avoir identifié la population avec des facteurs de risque, une journée d’information (activité physique, historique familial, nutrition, etc.) au sein de l’institut est proposée aux patientes. Ces dernières « repartent avec un plan de surveillance personnalisée », indique le Dr Caron. Ce plan fait l’objet d’un suivi. Cette approche, en place depuis un an, bénéficie de « bons retours » de la part des patientes, souligne le médecin, observant que « beaucoup de temps est passé à déconstruire les croyances ».
Santé mentale des jeunes : du mieux pour le repérage mais de nouveaux facteurs de risque
Autisme : la musique serait neuroprotectrice chez les prématurés
Apnée du sommeil de l’enfant : faut-il réélargir les indications de l’adénotonsillectomie ?
Endométriose : le ministère de la Santé annonce une extension de l’Endotest et un projet pilote pour la prévention