ON N’EST PAS FORCÉ de prononcer des jugements originaux. Ce n’est pas parce que à peu près tout le monde semble satisfait des trois sommets qu’il faudrait, pour se démarquer, dire le contraire. On ne saurait oublier que la personnalité tout à fait extraordinaire du nouveau président des États-Unis a beaucoup joué dans ce rassemblement rare des bonnes volontés, de la coopération internationale, de la recherche de la paix et de l’espoir d’un retour à la prospérité. Les voyous ignobles qui ont dévasté et incendié un quartier de Strasbourg se sont dressés, au nom de ce qu’ils considèrent comme leur liberté contre la liberté elle-même. La violence et la destruction deviennent insupportables au moment où le monde cherche de nouvelles voies pacifiques pour se reconstruire, où la nation la plus puissante rejette l’usage unique de la force et renonce à ses vieux diktats pour présenter, humblement, des propositions de régulation des marchés mais aussi des relations internationales. Nous n’aurons pas toujours Obama, il faut en profiter.
Le cas de la Turquie.
Nicolas Sarkozy, avec son ego excessif, souhaiterait que l’Amérique engage avec la France un dialogue privilégié. La France étant dans l’UE et dans l’OTAN, il est impossible qu’elle accède à statut qui serait dénoncé par tous partenaires. M. et Mme Obama se sont donc contentés d’avoir de bonnes manières à l’égard du couple présidentiel français. Le chef de l’exécutif a cru bon de reprendre à son compte une forte conviction de son prédécesseur : il demande l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. L’attitude notoire du président français est un « non » retentissant. C’est un sujet compliqué : nous avons toujours soutenu dans ces colonnes que le refus de principe d’une entrée de la Turquie dans l’Union constitue une forme d’ostracisme à l’égard d’un grand pays musulman ; et que si nous parvenions à dépasser le tabou religieux nous aurions une arme puissante pour combattre l’intégrisme. Il faut bien dire que, entre-temps, le gouvernement turc semble accorder la priorité à la religion et se montre moins intéressé par l’intégration de son pays dans l’UE. Si, comme le souhaite le Premier ministre turc, M. Erdogan, le port du voile par les Turques constitue un élément essentiel de sa politique, il est en contradiction absolue avec une adhésion à une Europe qui n’a pas osé rappeler sa tradition chrétienne dans ses statuts. Contrairement à ce que pense M. Obama, la Turquie, certes indispensable à la stratégie des Occidentaux, ne se conduit pas nécessairement comme une amie des États-Unis. Elle a mis George W. Bush dans l’embarras quand elle a refusé que les transports de troupes américains qui s’acheminaient vers l’Irak fassent escale dans les ports turcs. M. Erdogan est en outre très versatile. Il a condamné avec une vigueur proche de la haine le comportement militaire des Israéliens à Gaza, et il a déclenché une vague d’antisémitisme en Turquie ; mais des manuvres navales israélo-turques auront lieu bientôt en Méditerranée. Ses démarches contradictoires n’ont pas amélioré les chances de la Turquie d’adhérer un jour à l’Union. En outre, comme l’a rappelé M. Sarkozy, il n’appartient pas à l’Amérique de dire qui doit faire partie de l’UE.
Pour autant, M. Obama est-il venu nous rendre visite pour réaffirmer l"hégémonie des États-Unis ? Le meilleure slogan du moment, inventé, nous semble-t-il, par Hillary Clinton, est que « l’Amérique ne peut rien faire toute seule, mais rien ne peut se faire sans l’Amérique ». Le jeune président américain est venu restaurer le leadership américain, ce qui n’est pas pareil. Nous avons besoin de ce leadership dans un monde encore plus compliqué qu’avant la dissolution du bloc soviétique. Les États-Unis de M. Bush ont créé infiniment plus de problèmes qu’ils n’en ont résolus. Nous voilà aujourd’hui avec un interlocuteur américain dont l’analyse est lucide, dont les propositions sont beaucoup plus proches de notre philosophie, qui a une conscience aiguë de l’écologie et des questions climatiques, qui a renoncé au protectionnisme, et a, enfin et surtout, un dynamisme communicatif.
Ce qui ne veut pas dire qu’il soit infaillible. A-t-il raison, par exemple, de songer à un monde débarrassé de toute arme nucléaire alors que la dissuasion atomique a assuré la paix entre l’Est et l’Ouest pendant 50 ans ? Il est, revanche, fondé à relancer les négociations pour la réduction des armements stratégiques, pour autant qu’il n’exige pas de la France de commencer à diminuer le nombre de ses ogives avant que la Russie et les États-Unis ne soient descendus à notre niveau. En tout cas, son projet de réduction est incompatible avec la mise en place en Europe centrale d’une batterie de missiles antimissiles, une ancienne idée de Bush destinée à contrer la menace grandissante de l’Iran, que M. Obama semblait avoir abandonnée au profit de la détente avec Moscou, mais qu’il a remise sur la table à Prague, sans doute parce que les Tchèques y sont favorables.
Convergence des diagnostics.
Ces différences entre les Américains et les Européens ne sont pas accablantes. Il serait bien surprenant que rien ne nous oppose. La convergence des diagnostics sur les deux rives de l’Atlantique est réconfortante. Et même s’il est exclut que la France acquiert un statut particulier dans ses relations avec les États-Unis, nous continuons de penser qu’il y a de très fortes affinités entre Obama et Sarkozy et qu’elles favoriseront la mise en uvre d’une politique décidée et plus harmonieuse. C’est pourquoi rien ne nous paraît plus négatif que les critiques, acerbes comme d’habitude, de l’opposition, qu’elles viennent des socialistes ou du MoDem. Il faut leur rappeler que, pour M. Obama, et jusqu’en 2012, le leader de la France s’appelle Sarkozy. Que Mme Aubry ne l’a pas encore supplanté ; et que François Bayrou, venu de la démocratie chrétienne pour aller, dans chacun de ses discours, épouser les thèses de M. Besancenot, quitte à s’appuyer sur des contre-vérités comme le prix absurde (16 milliards !) qu’il donne au bouclier fiscal, devrait réfléchir au sens du mot hystérie.
NE RATONS PAS L’OCCASION QU’OFFRE UN PRÉSIDENT AMÉRICAIN AVEC QUI NOUS AVONS DES ATOMES CROCHUS
Michelle Obama et Carla Bruni-Sarkozy
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