LE PS ÉNUMÈRE une foule d’arguments dont le nombre même tend à indiquer qu’ils ne sont pas de la même nature : tests ADN pour prouver la filiation entre immigrés (la question de la réunion des familles), mesures antiterroristes, centres de rétention administrative, mais aussi jugements généraux tels que « traitement répressif de la précarité » (ce qui voudrait dire que le pouvoir est en guerre contre les pauvres), instauration d’une « société surveillée », « étouffement généralisé des contre-pouvoirs », chasse aux sans-papiers, concentration des médias, contrôles d’identité, nomination des magistrats, peines planchers, « rafles », fichier Edvige. Dans sa présentation, Martine Aubry a reconnu que Nicolas Sarkozy n’est pas un dictateur qui met en danger la République ; et il ne va certainement pas « supprimer le suffrage universel ». Merci pour le chef de l’État, qui, en ces temps de délire verbal, risquait de devoir démontrer son respect de la Constitution. Mais, si le procès ouvert par le PS n’est pas excessivement caricatural, il n’en est pas moins grave.
Savoir ce que l’on veut.
Les tests ADN ont été condamnés de toutes parts, et notamment par la secrétaire d’État au Logement, Fadela Amara. Tels qu’ils ont été adoptés, ils n’en sont pas moins inoffensifs, car ils ne concernent que très peu de cas et des garde-fous sont prévus qui privent l’application de la loi des dangers potentiels qu’elle contenait. En réalité, dans cette affaire, on revient au débat sempiternel sur l’immigration : soit on tente de la contrôler et il faut s’en donner les moyens ; soit on répugne à recourir aux moyens au nom du respect des libertés individuelles, mais on s’expose à une immigration clandestine illimitée. Quel pays d’Europe aujourd’hui consent à recevoir « toute la misère du monde »? Il demeure que, si les tests ADN sont encadrés pour ménager le droit, peut-être qu’on pouvait s’en passer. L’entêtement du gouvernement sur ce point l’expose à des critiques dont il aurait pu faire l’économie, et surtout à entretenir une réputation que les socialistes s’efforcent d’aggraver.
Comme pour les immigrés, l’insécurité, elle aussi, représente un problème politique. Certes, la meilleure manière de la combattre à long terme est de favoriser l’insertion sociale. À court terme, il n’y a pas de pouvoir en place, même socialiste, qui ne doive réprimer les comportements délictueux ou criminels. Oui, le Taser est un drôle d’engin, mais, dans les banlieues, on tire à l’arme à feu contre des policiers et on les attire même dans des traquenards ; certes, les contrôles d’identité rappellent de mauvais souvenirs, mais c’est une méthode non violente de déceler d’éventuels voyous ; quant aux mesures antiterroristes, le PS est allé trop loin. Nos services de renseignements font un travail d’autant plus remarquable qu’ils le poursuivent dans une discrétion absolue. Et ne targuent jamais de leurs succès. Or il est indéniable que depuis 2001, ils ont assuré à la France une sécurité relative, alors que nous sommes en permanence en alerte rouge. Ce qui signifie que les complots terroristes contre le territoire français existent, mais qu’ils sont déjoués. Que l’on sache, il n’y a pas de Guantanamo en France, nous n’envoyons pas des suspects à l’étranger pour qu’ils y soient interrogés sous la torture. Et nous devrions nous plaindre ce que la police nous protège ?
Le PS n’est pas innocent de tout amalgame. Un film actuellement en salles, « Welcome » a un immense succès. Il montre l’existence épouvantable des ces immigrés clandestins qui s’agglutinent dans la région de Calais dans l’espoir de passer en Angleterre. Des gens admirables, qui par ailleurs ne respectent pas vraiment la loi, viennent en aide à ces malheureux. M. Sarkozy a fait fermer le centre de la Croix-Rouge à Sangatte pour que les clandestins renoncent à passer par la France. Il n’a pas résolu le problème. On peut lui en tenir rigueur, on ne peut pas, comme le metteur en scène de « Welcome », Philippe Lioret, procèder à un insupportable amalgame avec les gens qui ont aidé les Juifs pendant l’Occupation.
Ce qui se voient en Justes.
Les plus charitables d’entre nous ne deviennent pas des Justes parce qu’ils aident des Afghans dans la détresse, car ils ne risquent strictement rien ; le sort d’un clandestin en 2009 n’a rien à voir avec celui d’un Juif menacé non pas d’expulsion mais de mort ; et un Juste en 1942, risquait d’être exécuté. De la même façon, le mot « rafles » nous renvoie à la rafle du Vel’d’Hiv’, des dizaines de milliers de Juifs arrêtés, avec femmes et enfants et envoyés dans les camps de la mort après un séjour épouvantable à Drancy. Non seulement ces comparaisons historiques n’ont aucun fondement mais elles montrent que beaucoup d’âmes altruistes cherchent aussi (cherchent d’abord ?) la récompense immédiate de leur charité . Pis : elles relativisent la gravité de la délation, de la livraison des Juifs aux nazis par des Français, du mépris du droit et de l’individu qui a caractérisé une des époques les plus tristes de notre histoire. Tous les situations historiques ne favorisent pas l’héroïsme et un beau film ne fait pas nécessairement une bonne cause.
La seule question qui vaille : avez-vous l’impression d’être moins libre sous Sarkozy que sous Chirac ou sous Mitterrand ? Si la réponse est non, le livre noir du PS ne vaut pas tripette.
LA SEULE QUESTION QUI VAILLE : SOMMES-NOUS MOINS LIBRES AUJOURD"HUI QU’IL Y A CINS OU DIX ANS ?
Martine Aubry, avec Marie-Pierre de la Gontrie, secrétaire nationale aux libertés et à la justice
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