M. SARKOZY a aussi souhaité donner un peu de tonus à la campagne pour les élections européennes. Elle se languissait ; il est probable que, malgré les efforts de tous les partis (chacun cherchant dans ce rendez-vous de quoi faire avancer ses pions), elle n’emballera pas les foules et que la participation sera très faible. On nous dit : l’Europe, rien de plus ennuyeux. Ce serait vrai si le referendum de 2005 sur le traité de Bruxelles n’avait donné lieu, en France et ailleurs, à un déchaînement des passions. L’Europe est barbante sauf si on décidé de la combattre. Les médias ne se privent pas, non sans un certain courage, de rappeler combien les décisions du Parlement sont déterminantes dans notre ,ie de tous les jours, ils ne sont écoutés que d’une oreille. Les partis sont responsables, en outre, de faire de ce rendez-vous électoral un test politique national. La gauche et le MoDem, loin de présenter un programme européen, se bornent à réclamer un vote-sanction contre M. Sarkozy. Ce n’est pas le sujet, même si la majorité a de bonnes raisons, alors qu’elle progresse au milieu du gué, de vouloir échapper à un jugement de l’opinion sur l’action gouvernementale.
Mme Merkel complémentaire de M. Sarkozy.
Toutes ces considérations n’enlèvent rien au spectacle donné aux iEuropéens d’une amitié firanco-allemande chauffée à blanc, renouvelée, enthousiaste. Angela Merkel a pris une bonne initiative en invitant Nicolas Sarkozy, qui lui rendra la pareille en France, avant le jour du scrutin. Il fallait créer une occasion de rappeler que l’homme européen est différent du Français ou de l’Allemand. Que, sans une étroite coopération entre les deux pays, l’avenir de l’Union serait incertaine ; qu’il existe, y compris dans la crise économique et financière, des solutions européennes; que l’Union doit être forte parce que la tentation totalitaire n’a pas disparu de Russie et que pour tenir tête à un pays qui joue la force plutôt que le dialogue dans les relations internationales, l’UE apporte une alternative aux États-Unis. Or nous n’avons pas, en Mme Merkel, une interlocutrice négligeable et l’erreur de M. Sarkozy aura été de croire que ce qui ne lui ressemble pas ne convient pas. A son agitation extrême, Mme Merkel oppose un calme olympien ; à ses discours multiples et dangereux pour ses liens diplomatiques, elle s’abstient de répondre, évitant de la sorte des incidents dont la somme aurait pu faire basculer l’opinion allemande contre la France. D’autant qu’il y a une gauche en Allemagne et qu’elle n’est pas moins critique que la gauche française à l’égard de toutes les droites. La chancelière allemande a plus joué en faveur de l’amitié franco-allemande par ce qu’elle n’a pas dit que M. Sarkozy, jamais à court d’un propos parfois offensant, donc inutilement dangereux, et naguère séduit par l’intellect de Gordon Brown, le Premier ministre britannique, comme si on ne pouvait pas être ll’allié de deux grandes nations européennes à la fois.
La France vous aime.
Du coup, voilà notre Sarkozy obligé, dimanche dernier à Berlin, d’en faire des tonnes. L’amitié entre la France et l’Allemagne est « le trésor le plus précieux pour l’Euro e et le monde entier ». « La France vous aime, la France vous admire, la France est votre amie ». Il y a quelques mois encore, cette Allemagne vénérée nous gênait parce qu’elle ne voulait pas d’un plan anticrise européen. Heureusement, il n’y a pas eu, dans le discours du président, que des mots d’amour. Il a de nouveau défendu le traité de Lisbonne, qui facilitera la gestion de l’Union ; l’Europe, a-t-il dit, doit avoir « des institutions dignes de ce nom, elle doit avoir des frontières, sinon elle sera sans identité et sans valeurs ». Ce n’est rien moins qu’un appel à une pause dans l’élargissement.
Prise de position extrêmement importante parce qu’il est essentiel de savoir où commence l’Europe et où elle s’arrête, même s’il ne faut pas écarter la candidature de la Turquie sans lui proposer un traité en échange ; parce que, aussi, il ne faut pas qu’il y ait un malentendu au sujet de l’Union européenne. Elle ne doit pas être alternativement répugnante et séduisante ; on n’y adhère pas pour des raisons conjoncturelles mais au nom d’une grande conviction idéologique ; ce n’est pas une corne d’abondance, elle donne des droits mais aussi des devoirs. Il est significatif que quelques pays européens qui boudaient l’Europe veulent soudain y entrer parce que l’euro résoudrait leur poblème monétaire ; ou, à l’inverse, que certains adhérents s’aperçoivent, mais un peu tard que, privés de la dévaluation compétitive par l’euro, ils péfèreraient retourner à leur monnaie nationale. Non, l’engagement européen est de longue durée et implique des avantages et des inconvénients.
Les électeurs européens seront-ils, cette année, plus conscients des enjeux de l’UE ? Admettront-ils qu’il s’agit du projet politique le plus ambitieux et le plus digne qui ait jamais été conçu ? M. Sarkozy, en tout cas, a bien fait de rappeler quelques principes essentiels. À ceux qui votent comme aux abstentionnistes.
› RICHARD LISCIA
EN DÉPIT DES EFFORTS, L’ABSTENTIONNISME SERA ÉLEVÉ
Nicolas Sarkozy et Angela Merkel au meeting de Berlin dimanche dernier
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