Alors que débute aujourd’hui la Semaine mondiale pour le bon usage des antibiotiques, lancée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), sa directrice, le Dr Margaret Chan, a présenté ce matin les résultats de la première enquête menée par son organisation sur ce thème. Il en ressort une proportion élevée de fausses croyances concernant l’antibiorésistance dans la population générale. L’enquête, basée sur un questionnaire de 14 questions, a porté sur 10 000 personnes dans 12 pays (Barbades, Chine, Égypte, Inde, Indonésie, Mexique, Nigeria, Fédération de Russie, Serbie, Afrique du Sud, Soudan, Vietnam).
67 % pensent que les antibiotiques traitent les rhumes
À l’occasion d’une conférence de presse, le Dr Chan a rappelé l’ampleur de l’enjeu que représente l’antibiorésistance. Pour le Dr Fukuda, représentant du directeur général pour la résistance aux antimicrobiens, s’il est rassurant de voir qu’un pourcentage élevé (66 %) de personnes se disent informées du problème, la fréquence des mauvaises conceptions concernant les antibiotiques reste préoccupante, et constitue l’un des fers de lance de la campagne lancée aujourd’hui.
L’étude montre en effet que 76 % des gens interrogés pensent que ce sont les individus qui deviennent résistants aux antibiotiques, alors qu’il s’agit bien du développement de mécanismes de résistance par les bactéries envers les molécules antibiotiques. 67 % des sondés pensent que les antibiotiques sont indiqués dans le traitement des rhumes, et 33 % pensent qu’il est possible d’arrêter son antibiotique lorsqu’on se sent mieux, sans respecter la date préconisée par la prescription. Enfin, 57 % d’entre eux pensent qu’ils ne peuvent pas agir à leur propre niveau pour faire évoluer le problème.
« Un changement de comportement de la part des individus comme des sociétés »
Sur ce dernier point, les Dr Chan et Fukuda ont insisté sur le rôle primordial que pouvait jouer chacun à l’échelle individuelle : les médecins, via le respect des règles de prescriptions ou l’éducation des patients, et ces derniers en respectant les règles de prescription et en ne pratiquant pas l’automédication.
Pour l’organisation, les gouvernements et leurs services publics ont également un rôle à jouer par l’élaboration de programmes éducatifs, ou le soutien à la recherche. Les groupes pharmaceutiques sont, eux, incités à ne pas négliger la recherche pour cette classe pharmaceutique, peu attractive car considérée comme « peu rentable », du fait de leur faible coût.
Le Dr Fukuda rappelle que même des actions simples ont des impacts avérés sur la consommation d’antibiotique. Il cite les exemples du Danemark ou des Pays-Bas, qui ont réussi à faire diminuer drastiquement les taux de bactéries résistantes par la mise en place de mesures strictes en termes de prescription et de prévention.
Il a enfin insisté sur la nécessité de mise en commun des politiques de santé et de la recherche au niveau international, en particulier avec les pays les plus touchés par l’émergence de l’antibiorésistance.
Pour diminuer le taux de bactéries multirésistantes, le chemin sera long, mais constitue la seule alternative pour enrayer un problème sanitaire qui, pour l’OMS, pourrait avoir de lourdes conséquences à court terme.
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