LE « TROU DE LA SÉCU »est-il une spécificité française ? À l’échelle européenne, notre économie de la santé ne fait pas figure d’exception selon plusieurs experts intervenus lors d’un colloque à Paris. D’après les chiffres du panorama de la santé en Europe pour 2012, publiés par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et présentés par l’économiste Gaëtan Lafortune, la France se place dans le peloton de tête pour les dépenses de santé. Elle est au 6e rang pour les dépenses par habitant, au deuxième, si l’on considère leur pourcentage dans le produit intérieur brut (PIB) (11,6 %, à égalité avec l’Allemagne). Comme la plupart des pays européens, la France subit de plein fouet la crise mais a évité une rupture dans la croissance des dépenses, n’accusant qu’un ralentissement. Elle se distingue par la bonne maîtrise de ses deniers. « Il n’y a pas de dérapage français. Depuis 2000, il y a même un meilleur contrôle des dépenses de santé qu’ailleurs », assure Gaëtan Lafortune.
Les spécificités françaises se nichent plutôt dans les acteurs du financement. La part des dépenses pris en charge par l’assurance-maladie obligatoire s’élève à 77 % en France contre 73 % ailleurs en Europe (voire beaucoup moins dans les pays nordiques ou en Grande-Bretagne). Et les assurances complémentaires occupent un rôle majeur dans l’Hexagone où elles couvrent 13,7 % des dépenses de santé contre 3,7 % en moyenne en Europe. « Conséquence : le reste à charge des patients français est l’un des plus faibles d’Europe, mais les dépassements sont aussi plus importants car ils ne sont pas payés uniquement de la poche du malade », souligne M. Lafortune.
Lointaine Suède et proche Allemande.
Le système suédois, décentralisé et financé par l’impôt, se démarque du nôtre. Selon la diplomate Tove Grönberg, la part des dépenses de santé dans le PIB a chuté à 6 % et les soins se sont privatisés dans le pays scandinave marqué depuis 2006 par les réformes du gouvernement libéral conservateur. En outre, une lutte drastique contre la fraude est menée depuis 2008, qui se traduit par un contrôle plus strict des arrêts maladie. L’effet indirect fut la souscription, par les employeurs, d’assurances privés pour leurs salariés.
Le modèle bismarckien allemand est beaucoup plus proche de la France. À la différence qu’il dégage 9,4 milliards d’euros d’excédant. Pour atteindre ce résultat, l’État a d’abord mobilisé des ressources pour assurer l’équilibre de la branche maladie. Au-delà des cotisations patronales et salariales déjà très élevées (comme en France), de nouvelles marges ont été créées grâce à l’augmentation des recettes fiscales issues des taxes sur le tabac, la nutrition, ou l’environnement.« La part de prélèvement obligatoire supportée par les inactifs est aussi deux fois plus importante qu’en France », ajoute Grégoire de Lagasnerie, économiste de la direction générale du Trésor.
Parallèlement, l’Allemagne mène une politique très volontariste de maîtrise des dépenses, avec un plafonnement strict du reste à charge, la régulation de la demande de soins ainsi que des prescriptions via des volumes cibles et des malus, la réduction du champ des couvertures complémentaires, et le refus de rembourser les innovations médicamenteuses mineures. « Il y a un fort consensus sur la nécessité de faire appel à tous les leviers et de faire participer tous les acteurs à l’effort », résume Grégoire de Lagasnerie. Les mêmes recettes grosso modo sont sur la table en France. « Eux les ont appliquées, pas nous », conclut, sarcastique, Claude Le Pen.
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