Coût de la santé, reste à charge

La Mutualité alerte sur un système de santé « au bord de la faillite »

Publié le 13/02/2012
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Crédit photo : S TOUBON

C’EST DANS UN AMPHITHÉÂTRE parisien bondé que la Mutualité française (qui représente la quasi-totalité des mutuelles santé) a terminé son cycle de conférences régionales sur « la santé dans le débat 2012 », en présence de représentants des principaux partis engagés dans la bataille électorale.

Devant un public agité (les syndicalistes des centres de santé des Bouches-du-Rhône et d’Ile-de-France ont perturbé les débats), le président de la Mutualité Étienne Caniard a dessiné le portrait d’un système de santé « au bord de la faillite », à bout de souffle et inégalitaire, dont la charge devient de plus en plus lourde pour les Français. Pour preuve ? Le succès de la pétition « Un impôt sur notre santé. C’est non ! », signée par un million de personnes en guise de protestation contre la décision du gouvernement de doubler la taxation des contrats complémentaires solidaires et responsables (qui bénéficient d’aides fiscales).

En France, 94 % de la population est couverte par une complémentaire santé, dont plus de la moitié par un organisme de la Mutualité française. « Sur les quatre Franciliens sur dix qui disent avoir déjà renoncé à des soins, 60 % évoquent comme raison principale le manque de moyens, explique Léonora Tréhel, présidente de la Mutualité française Ile-de-France. Doubler la taxe sur les complémentaires est un non-sens absolu ».

Pour Étienne Caniard, cette taxe est d’autant plus « incohérente et inefficace » qu’elle intervient à un moment où le régime obligatoire « n’est plus en mesure de rembourser les dépenses de santé courantes au-delà d’un taux de 55 % » (taux de prise en charge par la Sécu hors ALD et hospitalisation). Et de pointer les conséquences de cette situation : recours accru aux services d’urgences et augmentation du nombre de journées d’hospitalisation « dont trois millions sont déjà inappropriés et coûtent deux milliards d’euros ».

Dépassements encadrés : le PS prépare une négociation.

La question du coût de la santé, du reste à charge et de la sauvegarde d’un modèle solidaire était donc au cœur des débats. Plus de 20 % des jeunes ne sont pas en mesure de payer une mutuelle, insiste Aline Archimbaud (Europe Écologie - Les Verts), qui dénonce une « aberration ». Geneviève Darrieussecq, chargée de la santé pour le Modem, partage l’inquiétude de la Mutualité sur le taux de remboursement du régime obligatoire concernant les dépenses courantes de soins de ville, un taux « qu’il faut à tout prix relever ». Quant au Front de gauche, il plaide pour une prise en charge...à 100 % de ce « petit risque ».

Marisol Touraine, chargé du pôle social dans l’équipe Hollande, affirme que « la place de l’assurance-maladie doit être renforcée » mais confirme surtout la volonté du candidat socialiste d’« encadrer » les dépassements d’honoraires, le tact et mesure n’étant pas suffisant à ses yeux pour endiguer certaines dérives tarifaires. « Il faudra ouvrir des négociations sur ce point avec les organismes complémentaires qui sont nos partenaires », précise-t-elle.

Seul à défendre la taxe sur les contrats complémentaires responsables, le député européen UMP Philippe Juvin, un des spécialistes « santé » de la majorité, a justifié cette mesure de rigueur dans la perspective de redressement indispensable des finances publiques. « Je ne crois pas que demain on rasera gratis », a-t-il prévenu.

À la lumière des débats citoyens qu’elle vient d’organiser, la Mutualité fera des propositions plus précises qu’elle présentera aux principaux candidats à l’élection présidentielle.

ANNE BAYLE-INIGUEZ

Source : Le Quotidien du Médecin: 9082