Déserts médicaux : Que Choisir dénonce « l'accès déplorable » aux praticiens, les solutions punitives reviennent sur le tapis

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Publié le 08/11/2022

Crédit photo : S.Toubon

C'est une enquête sur la désertification médicale qui fait mal, à la veille de l'ouverture des négociations conventionnelles entre la Cnam et les syndicats de médecins libéraux. Des généralistes aux ophtalmos, en passant par les gynécologues et les pédiatres : la « fracture sanitaire » est devenue « intolérable », selon l'UFC-Que Choisir.

Dans une cartographie détaillée de l’accès aux soins publiée ce mercredi, l’association de consommateurs dénonce aussi « l’absence d‘une quelconque volonté politique du gouvernement » pour juguler les déserts médicaux. Le constat du « déplorable accès géographique et financier aux soins » est sans appel pour l'association de défense des consommateurs.

La triste palme de la répartition pour les pédiatres 

Selon les données exhaustives de Que Choisir, la situation est particulièrement critique dans les trois spécialités étudiées. 19 % des Français (soit 12 millions de personnes) vivraient dans un désert médical en ophtalmologie et 23,6 % des femmes de plus de 15 ans (6,7 millions) dans un désert gynécologique. Enfin, « la triste palme de la répartition » revient aux pédiatres. 27,5 % des enfants de moins de dix ans vivent à plus de 45 minutes de route d'un pédiatre. 

La cartographie de l’association repose sur l’Accessibilité potentielle localisée (APL). Elle mesure le nombre de médecins libéraux accessibles par patient et par commune. En fonction de la localisation de chaque praticien, l’étude tient compte de l’éloignement géographique – moins de 30 minutes de voiture pour un généraliste, 45 minutes pour un spécialiste. Les communes sont ensuite classées en fonction de cette densité. Ainsi, UFC - Que choisir désigne comme « désert médical » les communes dont la densité est au moins 60 % en dessous de la moyenne nationale. Une ville avec « un accès difficile au soin » correspond à une commune ou la densité est inférieure de 30 à 60 % à la moyenne.

Accès difficile à un généraliste pour un Français sur quatre

De prime abord, les généralistes semblent mieux répartis que les autres spécialistes étudiés. Ainsi 2,6 % de la population est classée en désert médical, soit 1,7 million de Français. « Mais la situation est en réalité beaucoup plus préoccupante », tempère l’association. Car, si « on prend en compte les zones à accès difficile, on constate que c’est en réalité près d’un quart de la population – 23,5 %, soit 15,3 millions de personnes en France métropolitaine – qui éprouve des difficultés pour pouvoir accéder à généraliste », alerte Que Choisir.

De fait, en élargissant ces critères aux zones à accès difficile (et plus seulement les « déserts médicaux », donc), l’association montre aussi que 24,9 millions de Français (39 %) subissent un accès difficile aux soins visuels, quatre millions d’enfants de moins de dix ans (52,4 %) ont des difficultés pour accéder à un pédiatre et 11,8 millions de femmes (41,6 %) à un gynécologue. Sans surprise, « la situation est particulièrement dégradée dans la France périphérique » : périphérie rurale des grands pôles urbains, communes rurales, périphéries des petits et moyens pôles », note l’étude.

Les dépassements, l'autre fracture

Pour l’association, la situation s'aggrave lorsque l’on cartographie uniquement la répartition des praticiens libéraux en secteur I. Dans ce cas, « la pénurie croit de manière affolante » et concerne également les zones urbaines. « La part des enfants vivant dans des déserts pédiatriques passe ainsi à 46,8 % (+19,3 points), et celle des femmes résidant dans des déserts médicaux gynécologiques à 66,8 % (+ 43,2 points) », résume l’association. Quant au pourcentage de population qui vit dans un désert d'ophtalmos, il passe du simple au triple avec ce critère tarifaire. « Plus de huit usagers sur dix n’ont pas accès à un ophtalmologue respectant le tarif de la Sécurité sociale à moins de 45 minutes de trajet ! », résume Que Choisir.

Conventionnement sélectif et fin du secteur II

Face à « l’essor incontrôlé » des dépassements d’honoraires, Que Choisir propose ni plus ni moins que de « fermer l’accès au secteur II ». « Les nouveaux médecins ne devraient avoir le choix qu’entre le secteur I et l’option de pratique tarifaire maîtrisée (Optam) », pense l’association. Il convient aussi de supprimer les incitations financières aux libéraux hors secteur I et Optam. Parallèlement, Que Choisir recommande à la Cnam « de procéder à une revalorisation du tarif de base pour les spécialités où les dépassements sont généralisés, afin d’améliorer la prise en charge financière des patients par l’Assurance-maladie et les complémentaires santé ».

Sans surprise, Que Choisir plaide pour une forte régulation à l’installation, seule mesure capable de réduire cette « fracture sanitaire ». Elle propose la mise en place d’un conventionnement sélectif « ne permettant plus de s’installer en zones surdotées, à l’exception du secteur I ».

Ce 8 novembre, l’association de consommateurs a mis en ligne une cartographie interactive de la densité médicale, commune par commune. Chaque citoyen est invité à interpeller ses parlementaires et le gouvernement sur la situation « déplorable » de l’accès au soins.

Accès aux soins : les maires aussi à l'offensive

La question des déserts médicaux sera au cœur des débats organisés par l'Association des maires de France (AMF), lors de son 104e congrès (21-24 novembre). L'AMF attend elle aussi « des actes concrets de la part de l'État » pour enrayer les difficultés d'accès aux soins touchant à la fois les zones rurales, les périurbaines et les grandes villes.
Faut-il aller jusqu'à réguler l'installation ? Cette question sera débattue lors d'une table ronde organisée en présence du binôme ministériel François Braun/Agnès Firmin Le Bodo. « Nous verrons si les objectifs de permanence des soins et d'accès aux soins universels progresseront dans quelques semaines », met en garde David Lisnard, président de l'AMF. Alors que l'exécutif organise les concertations locales dans le cadre du conseil national de la refondation (CNR santé), le patron des maires de France appelle l'État à faire bouger le cadre réglementaire. « En matière de santé comme pour le reste, notre pays ne retrouvera pas de performance publique sans décentralisation ».


Source : lequotidiendumedecin.fr