Dans un article du British Medical Journal*, les Drs Shreena Unadkat et Michael Farquhar (Londres) posent la question de la santé physique et mentale des soignants dans cette période de pandémie. Pour eux, « le patient doit passer avant tout… Mais pas toujours. S’occuper de soi et de nos collègues n’a jamais été aussi important, même si les soignants font preuve d’une résilience incroyable. Mais être résilient ne doit pas faire occulter la fatigue et le stress. Il est essentiel de savoir se ménager des moments de repos et pause qui permettent de recharger son énergie. Quand le stress prend le dessus sur la fatigue, les problèmes de sommeil sont fréquents ».
En toute période, et plus encore dans cette phase épidémique, garder un sommeil réparateur est essentiel, car la dette en sommeil impacte le système immunitaire et fragilise.
Échanger avec ses pairs
Parmi les éléments essentiels retrouvés dans la littérature sur le bien-être des soignants en période épidémique, la question du partage d’expérience est cruciale. Les soignants doivent se réserver des moments de discussion entre eux, des opportunités d’échanges autour de cas de patients. Et les émotions ne doivent pas être réprimées : c’est entre soignants qu’il est possible de partager en toute bienveillance. Les équipes mobilisées sur le SRAS ou sur Ebola ont toutes insisté sur ces moments « entre soi » qui permettent d’aborder des sujets qu’il est difficile d’évoquer en dehors d’une équipe soignante (en famille ou entre amis).
« Ce qui fait la difficulté de cette crise sanitaire du COVID-19 c’est aussi l’impossibilité de s’octroyer des moments de débriefing en dehors de l’hôpital du fait du confinement », confirme le Dr Mehrsa Koukabi-Fradelizi, cheffe de service des urgences du CH de Versailles. « Impossible désormais d’échanger autour d’un café ou d’un verre en sortant du travail. Les réseaux sociaux ont pris le relais, mais ils sont aussi pollués par une masse d’informations – vraies ou fausses – échangées par ces canaux ».
Famille en confinement
Le retour à domicile après une journée de travail expose, dans cette période de confinement, à un décalage entre le soignant et sa famille. « Après 10 heures à porter un masque, à faire des gestes d’habillage et de déshabillage, à annoncer de mauvaises nouvelles à des familles, je rentre chez moi où je trouve ma famille encore en pyjama qui me demande ce qui est prévu au dîner », explique Anne Charlotte, jeune urgentiste. « Et en plus, je suis assaillie de SMS et de mails me demandant mon avis sur tout et rien, sur un nez qui coule ou un vieil oncle seul en province qui veut venir à Paris. Ma journée est doublée par les téléconsultations sauvages ».
D'autres évoquent la difficile coexistence entre vie professionnelle et vie de famille dans un même lieu : « Comme mes enfants sont à la maison, car nous n’avons pas souhaité qu’ils soient gardés avec les autres enfants de soignants dans le cadre du dispositif mis en place par l’Académie de Paris, je propose à mes patients des créneaux de téléconsultation. Mais il est bien difficile de concilier garde d’enfants qui ne peuvent pas se défouler en extérieur et contacts avec les patients dans 60 m2 », témoigne Cécile, médecin généraliste dans Paris. « Dans ces conditions, je n’ai pas le sentiment de pouvoir décrocher et penser à moi dans la journée. Heureusement que le soir je peux tricoter seule et tranquille quand les enfants dorment ».
Gérer la peur
Pour Franck, généraliste dans les Yvelines, « le COVID-19 est le seul sujet de mes journées de travail, et quand je rentre chez moi, c’est encore le COVID-19 qui tient toute la place à la télévision, dans les journaux, sur les réseaux sociaux. Prendre de la distance devient difficile. Il s’y associe aussi la gestion de la peur : j’ai peur pour ma santé (même si je sais que 90 % des formes sont bénignes), ma compagne a peur que je l’infecte, mes parents ont peur pour eux (même s’ils disent qu’ils ne veulent pas m’inquiéter…). Je ressens aussi un énorme décalage avec mes amis qui me parlent de leurs problèmes liés au confinement alors que moi, je ne suis plus à la maison que très tard le soir. J’aimerais moi aussi avoir le droit à quelques jours de confinement ».
*Unadkat S, Farquhar M. Doctors’ wellbeing: self care during the Covid-19 pandemic. BMJ
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