« Sur les changements climatiques, les ONG humanitaires sont dépassées », reconnaît franchement le Dr Frédéric Baud, référent toxicologie-environnement à Médecins Sans Frontières, qui ne se rendra pas à Bonn. MSF « ne prend pas position sur la COP 23 ». « La communauté humanitaire n’a pas su répondre aux besoins nés des changements climatiques », constate aussi un rapport d’Action contre la faim (ACF). Pourtant « depuis quelques années, témoigne Astrid Heckmann-Fossier, coresponsable du groupe santé environnement de Médecins du Monde, les ONG humanitaires ont inscrit la question climatique au sein de leurs préoccupations, après un long chemin et beaucoup de débats. Petit à petit, elles trouvent leur place dans l’espace climatique, mais, c’est vrai, elles sont sur le terrain, et pas encore très présentes dans les instances environnementales internationales. »
Sur le terrain, « face aux risques environnementaux liés à la pollution et au réchauffement, les associations veillent d’abord à la protection des nationaux et des expatriés au sein de leurs propres équipes, explique le Dr Baud; c’est une préoccupation prioritaire à mesure que nous affrontons des situations de choc climatique. » « Nous travaillons à l’amélioration de nos pratiques en ce qui concerne le bilan carbone, la gestion des déchets, la maîtrise des consommations, indique encore Astrid Heckmann-Fossier. Quand nous mettons en place des structures d’urgence, nous privilégions le recours aux panneaux solaires pour leur donner une autonomie énergétique, plutôt que d’utiliser comme dans le passé des générateurs ; notre empreinte carbone s’améliore ainsi grâce à la mise en œuvre de manière systématique de mesures de réduction des risques de catastrophes naturelles sur les projets situés dans les zones à risque environnemental récurrent. Par exemple, nous lançons au Népal un programme de recyclage de déchets de la vallée de Katmandou. »
Pourtant le réchauffement est bien une urgence.
« L’impact du réchauffement sur les systèmes de santé représente cependant bien une urgence, admet la responsable de MdM, avec un coût futur qui risque de devenir exorbitant et des pathologies chroniques auxquelles de nombreux pays ne pourront plus faire face. » « Les changements climatiques aggravent les facteurs de crises humanitaires en révélant le lien complexe qui relie les actions humanitaires et de développement, corrobore le Dr Serge Breysse, directeur de l’expertise et du plaidoyer à ACF. Dans le combat contre la faim et la malnutrition, des années d’avancées risquent aujourd’hui d’être anéanties, faute de fonds suffisants pour répondre au contexte du réchauffement. Des solutions à long terme nécessitent des programmes ambitieux en matière de protection sociale, de filets de sécurité de réduction des risques de catastrophe, de renforcement de la résilience pour s’adapter aux changements climatiques. Il faut des moyens que nous n’avons pas. Le déficit de financement du système humanitaire a augmenté au cours de la dernière décennie, passant de 1,7 milliard à 9,3 milliards de dollars, alors que les besoins liés aux catastrophes climatiques ont presque quadruplé. »
L’identité des French Doctors s’est forgée en conjuguant action et témoignage pour privilégier l’urgence, pour sauver les vies. Le changement climatique va-t-il entraîner un changement de système humanitaire ? Et cibler le plus long terme, pour s’adapter à la temporalité de la lutte contre le réchauffement ?
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